J'ai dû refuser quelques propositions ne m'ayant pas vraiment enthousiasmée et, à ce jour, j'attends encore quelques réponses et vais bientôt envoyer cette nouvelle version à d'autres maisons dont je viens d'acquérir les adresses.
Donc voici un extrait inédit (de la page 275 à 282) de la nouvelle version...
Il
entend d’abord le bruit de l’eau s’écoulant. Puis la lumière s’infiltre entre
ses paupières. Stéphane les ouvre lentement trop ébloui qu’il est, par cette
lueur vive à travers la brume. Une chaleur intolérable l’entoure. Il se redresse
difficilement. Son corps est moite et bouillant. La vapeur, l’entourant, le rend
lourd. Il doit tourner ce fichu robinet avant de se trouver plus mal. Il
empoigne l’épaisse serviette, l’enrobe plusieurs fois autour de sa main, son
avant-bras. Enfin, serrant les dents, il réussit à faire taire le jet brûlant. L’homme
sort sur-le-champ de ce sauna et s’affale sur le lit. Après un court moment, sa
peau retrouvant petit à petit une température adéquate, Stéphane vérifie le bon
état de son anatomie. À part une bosse monumentale à la tête, tout fonctionne. Pourtant
un doute persiste. Il lui semble que quelque chose cloche. Il s’assoit au bord
du matelas, ses coudes posés sur ses genoux, mains pendantes entre ses jambes
ouvertes. Il fixe, un instant encore, le bois clos de la porte d’entrée. Il
examine la pièce, observant chaque meuble, les bibelots, toute l’intimité de...
-
Gaël ?
Un Gaël
absent. Le photographe ne réfléchit pas une seconde de plus. La frénésie le fait
s’habiller en quatrième vitesse, descendre les escaliers tout aussi rapidement.
Il va ouvrir la porte du hall quand...
- Hé,
mon ami ? Il fait un moins quatre, dehors. Ça serait suicidaire de sortir
qu’en tee-shirt.
À la
voix posée de son assistant, l’employeur s’en retourne. L’homme, pieds nus,
vêtu d’un jean et pull, se tient debout à l’entrée du salon.
-
Qu’est-ce que tu fais là ?
- Depuis
votre départ, on n’a arrêté de se souhaiter la bonne année que pour nous
désaltérer. Notre jeune ami est incroyable.
On peut,
en effet, en lire le bonheur sur le visage arrondi.
-
Cependant je suis peut-être endurant, mais je n’ai plus vingt ans. Aussi je
laisse ces deux-là continuer à s’amuser, pendant que je fais une pause d’une
heure... Et toi ?
Les iris
gris bleuté s’attristent.
- Je...
Je...
Alarmé,
le quinquagénaire s’avance lestement.
- Du
calme, mon ami... Où est Gaël ? Quelque chose lui est arrivé ?
Au prénom,
Stéphane fait volte-face et appuie sur la poignée.
- Je
dois le trouver.
Une main
stoppe l’ouverture, et une large épaule referme le bois.
- Je
t’ai dit : du calme.
Le
regard clair se fixant enfin au sien, le bear peut continuer avec un timbre
moins autoritaire.
- Qu’est-ce
qui s’est passé ?
Pour la
première fois, depuis qu’ils se connaissent, son patron occasionnel se jette à
son cou et le serre désespérément dans ses bras.
- Je crois
que je l’ai perdu. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vais
faire ? Aide-moi ! Je t’en supplie ! Aide-moi !
L’homme
étreint de même, de longues minutes, cette âme meurtrie afin de la réconforter
au mieux qu’il peut. Quant au secours offert, il fait de son mieux en conduisant
le malheureux à travers les avenues et les rues peu fréquentées ce jour. Hélas,
aucun Gaël n’y arpente leurs trottoirs, et le visage de son ami se fige dans le
désarroi. Le chauffeur décide à se garer sur le bas-côté.
- On
n’arrivera à rien comme ça... Tu ne sais vraiment pas où il aurait pu aller se
réfugier ? Des amis ?
La tête
fait juste un mouvement négatif dans un silence funeste.
- Bonté
divine ! On dirait deux étrangers.
Et oui.
Le photographe ne connaît pas vraiment Gaël. Pourtant, dès l’ouverture de la
pension, ils ont été voisins de palier, ont mangé à la même table. Ils ont souvent
ri du rocambolesque de la vie. Néanmoins, aucune confidence n’a été de mise.
Puis, dès leur retour dans leur chambre respective, telle la majorité des citadins,
c’était un chacun chez soi.
- Vous
n’aviez pas un lieu où vous vous rencontriez pour boire un coup, de temps en
temps ?
Une
petite étincelle éclaire les yeux mornes.
- Le Man-bar. Il m’a invité, une fois, à y
boire un verre.
-
Qu’est-ce que tu racontes, mon ami ? T’es sûr que c’est au Man-bar ? Le bar gay à...
- Oui. Il
n’y en a qu’un de ce nom, ici. Go !
Le
visage de son junior s’est ravivé d’espoir. Aussi le quinquagénaire s’abstient
de tout autre commentaire. Il amène son jeune patron à destination. Celui-ci
sort de la voiture après lui avoir affirmé de partir. Toutefois l’homme descend
la vitre de la portière passagère, avant que son compère s’en éloigne.
- Mon ami ?
Celui-ci
abaisse son regard à l’ouverture.
-
N’hésite pas à m’appeler, s’il y a besoin. Je viendrai te chercher.
- Ne
t’inquiète pas. Je suis sûr qu’il est là. Quand il m’y a invité, il m’a avoué
que quand il était tourmenté, c’était toujours ici qu’il venait se réfugier
pour rechercher de la chaleur humaine... Merci encore de m’avoir offert de ton
temps précieux. Va rejoindre Marc et Gabriel, maintenant. Ils doivent
t’attendre avec impatience.
Sur ce,
Stéphane se dirige vers le bar, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre chaque
jour de l’année, et y entre. En fait, il est un peu choqué de n’y trouver que
peu de monde, en ce début d’après-midi. L’ultime fois où il y a pénétré, la
grande salle était aussi bondée que le balcon la surplombant. Là, il est déjà
presque quatorze heures, et il n’y a juste que six, sept couples s’embrassant,
de-ci de-là, librement. Des mains libertines se faufilent dans les poches
arrière du pantalon de certains comparses accoudés au bar.
- Bonne
année !
-
Oh ! Bonne année, aussi.
Le
barman, fana de culturisme, essuie le comptoir de son torchon.
- Que
puis-je faire pour vous ?
- Je
cherche un certain Gaël. Mon gabarit et les yeux de deux couleurs différentes.
- Ah.
Désolé. Il a déjà une proie.
- Une
quoi ?
L’employé
sourit.
- Puisque
vous n’êtes pas un habitué, vous devez savoir que ce bar est un bar à
rencontres. La plupart des hommes, passant cette porte, sont là pour chercher
un coup d’un soir ou de quelques heures.
Un doute
envahit soudain le serveur.
-
Dites ? Vous n’êtes pas ici pour faire du grabuge, hein ? Vous êtes
quoi exactement pour lui ?
Stéphane,
dont le cœur a loupé un bond à la nouvelle, fait un effort surhumain pour
répondre d’une voix sans équivoque.
- Son
ultime ami.
- Oh. Alors...
Rassuré,
l’homme montre l’étage d’un doigt.
- Il y a
dix minutes, il venait juste de revenir de l’hôtel quand il a ferré sa seconde
prise de la journée. Il a toujours autant de succès, grâce à sa particularité.
-
Quoi ?
Le
bodybuilder se penche au-dessus du bar, afin de pouvoir parler en toute confidence.
- Beaucoup
de gars aiment les sensations fortes que leur offre ce qui n’est pas commun. Son
regard diabolique est son atout... Mais, pour ma part, je préfère plutôt votre
genre. Et je n’en ai pas l’air, mais je suis un passif trèès sensible.
- ... Peut-être
une autre fois.
Laissant
son charmeur derrière lui, Stéphane s’éloigne résolument vers les marches
menant au balcon.
- Tes
yeux sont terrifiants.
Même si
le gars est plutôt mignon, sa voix nasillarde exaspère Gaël. Aussi celui-ci se
concentre sur le contenu de son verre. Il le boit lentement pour prendre le
temps de se faire à ce timbre allant monter encore d’une octave dès qu’ils atteindront
l’hôtel un peu plus loin.
- J’aime
le glauque.
- Désolé.
Cet homme n’a pas la capacité d’exaucer ton vœu. Le sordide, ce n’est pas son
truc. Tu auras plus de chance d’avoir peur avec ce gars en noir, là-bas. Ses
piercings ont l’air redoutable, ses dents affutées dangereusement, et ce qui
transperce sa langue te donnera certainement les frissons d’angoisse que tu recherches
tant.
Le ton
du nouveau venu est paisible. Trop paisible. Les yeux clairs étalent une
douceur sereine. Excessivement sereine. Un effroi transperce le jeune adulte
préférant s’esquiver et aller tenter sa chance auprès du désigné gothique à la
dentition cannibalisée.
- De
quoi tu te mêles ?
Le
calme. Il n’y a eu aucune animosité dans la voix de Gaël. L’homme continue même
à boire tranquillement son verre. La seule chose qui trahit la fausse quiétude,
sont les iris ne l’ayant pas regardé une seule fois depuis que Stéphane s’est
invité dans cette grotesque comédie.
- De ce
qui me concerne.
- ... Le
cul rond de ce damoiseau avait tout ce qui est à mon goût, plus de chair que de
muscles. Ses hanches savoureuses étaient tel que je les aime, étroites à souhait.
Tu m’as fait louper le meilleur tirage de fions de cette journée. Cela aurait
été deux heures des plus délectables.
Le coup
de poignard, infligé par les mots du perfide, l’a touché en plein cœur. La
blessure s’est immédiatement mise à saigner abondamment. Le photographe
n’arrive à en endiguer l’hémorragie. Ses poings serrés se sont relâchés, sa
tête vidée. Son visage a sûrement pâli, car il ressent comme une lourdeur à ses
joues. Mais les yeux vairons ne fixant que le verre à moitié vide, son bureaucrate
ne peut remarquer son malaise. Et cet homme retourne le couteau dans la plaie,
en regardant sa montre.
-
Bah ! Le frêle premier messire, que je viens de laisser, avait décidé de
m’attendre une demi-heure dans la chambre au cas où il n’y aurait rien à
déguster dans le coin. J’ai encore le temps de le rejoindre et de m’en satisfaire
de nouvelles fois. Il est tellement bandant que je n’ai même pas besoin qu’il
me motive entre deux assauts, lui. Mon soldat est direct au garde-à-vous. Un
enchantement.
Le
silence perdure de longues secondes avant que Stéphane ne le brise.
-
Personnellement, je les préfère aussi grands que moi... Minces ou en muscles,
cela m’importe peu. Après tout, on est d’accord, l’important est le délice
obtenu, non ? Aussi, puisque tu as pris soin à ce que je n’ai aucune
séquelle dorsale m’empêchant de reprendre ma place d’actif dès cette minute, je
vais aller accepter la proposition de ce succulent barman. Je te quitte donc.
Et complais-toi bien dans ta vie de solitaire mal-aimé, et patati, et patata...
Le
timbre a été indéniablement assuré. Le je
m’en foutiste de leur passé est reparti d’un pas allègre jusqu’au comptoir
en contrebas. Gaël se lève lentement pour pouvoir lorgner le séducteur appelant
son demandeur d’un sourire aguichant. Inconvenant. L’homme en grommelle entre
ses dents serrées.
- Regarde
mieux ce tas de muscles, merde ! Il a au moins le double de ton âge.
Qu’est-ce
que son photographe a dans la tête ? Lorsque ce dernier, arrivé au
comptoir, retire son blouson...
- Qui
est-ce qui t’a permis de me piquer ce tee-shirt ?
Surtout
que celui-ci est d’un voile noir presque transparent. Ce que le Rambo n’a pas
loupé de remarquer.
-
Qu’est-ce que tu zyeutes comme ça, espèce de pervers ?
Une
grosse pogne soulève en l’air la paume de son amant aveuglé, rigolant bêtement
du geste malsain, ne sachant rien comprendre à ce sous-entendu.
- Lui
touche pas la main comme ça ! Espèce de...
Un
bloc-notes et un stylo ont été tendus à Stéphane qui y griffonne quelques mots
avant de le redonner au disgracieux sourire béat.
- C’est
ton adresse ? Tu comptes qu’il vienne te rendre visite à la pension ?
C’en est
trop. Gaël desserre sa prise de la rambarde et descend en trombe dans la grande
salle. Là... Le choc. Devant ses yeux, son macho de bichon se penche tout
guilleret à l’oreille de ce monsieur muscles pour lui murmurer un il ne sait quoi qui rend cet air ravi
complètement niais. Le bureaucrate ne sait exactement quel visage, lui, arbore
à cette minute, mais la salle entière se tait à son avancé fulgurante. Aucun
mouvement de défense pour sa victime n’est tenté, ni par les uns ni par les autres,
quand il l’empoigne, la traîne au-dehors jusqu’au fond de l’impasse à côté de
la bâtisse et la jette à terre, dans un terrible fracas, au milieu des ordures
s’y accumulant. Seulement il a dû retenir sa force de lancer, car son souffre-douleur
se dégage de l’amas de déchets en un éclair et se relève aussitôt pour se poster
devant lui, empreint d’une colère hystérique.
- Mais
qu’est-ce qui te prend, encore ?
Lui
répond d’un ton débonnaire.
- Que
veux-tu ? Même les démons ont leur fierté. Te voir avec ce gonflé aux
anabolisants... Tu aurais pu choisir mieux après être passé dans mes bras.
- Ed est
un vrai gentleman, lui. Tout ce qu’il y a de doux, compréhensif et charmant.
La
noblesse n’est plus de mise. Gaël se met à crier aussi fort que son compère.
- Désolé
d’être le fils de Satan. Mais je suis né monstre et mourrai comme tel.
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