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mercredi 12 août 2015

Lois festives (nouvelle version)

Cela faisait longtemps que je n'étais pas revenue sur ce roman, du genre Boys Love, espérant son éditeur "spécialisé".
J'ai dû refuser quelques propositions ne m'ayant pas vraiment enthousiasmée et, à ce jour, j'attends encore quelques réponses et vais bientôt envoyer cette nouvelle version à d'autres maisons dont je viens d'acquérir les adresses.
 Donc voici un extrait inédit (de la page 275 à 282) de la nouvelle version...


Il entend d’abord le bruit de l’eau s’écoulant. Puis la lumière s’infiltre entre ses paupières. Stéphane les ouvre lentement trop ébloui qu’il est, par cette lueur vive à travers la brume. Une chaleur intolérable l’entoure. Il se redresse difficilement. Son corps est moite et bouillant. La vapeur, l’entourant, le rend lourd. Il doit tourner ce fichu robinet avant de se trouver plus mal. Il empoigne l’épaisse serviette, l’enrobe plusieurs fois autour de sa main, son avant-bras. Enfin, serrant les dents, il réussit à faire taire le jet brûlant. L’homme sort sur-le-champ de ce sauna et s’affale sur le lit. Après un court moment, sa peau retrouvant petit à petit une température adéquate, Stéphane vérifie le bon état de son anatomie. À part une bosse monumentale à la tête, tout fonctionne. Pourtant un doute persiste. Il lui semble que quelque chose cloche. Il s’assoit au bord du matelas, ses coudes posés sur ses genoux, mains pendantes entre ses jambes ouvertes. Il fixe, un instant encore, le bois clos de la porte d’entrée. Il examine la pièce, observant chaque meuble, les bibelots, toute l’intimité de...
- Gaël ?
Un Gaël absent. Le photographe ne réfléchit pas une seconde de plus. La frénésie le fait s’habiller en quatrième vitesse, descendre les escaliers tout aussi rapidement. Il va ouvrir la porte du hall quand...
- Hé, mon ami ? Il fait un moins quatre, dehors. Ça serait suicidaire de sortir qu’en tee-shirt.
À la voix posée de son assistant, l’employeur s’en retourne. L’homme, pieds nus, vêtu d’un jean et pull, se tient debout à l’entrée du salon.
- Qu’est-ce que tu fais là ?
- Depuis votre départ, on n’a arrêté de se souhaiter la bonne année que pour nous désaltérer. Notre jeune ami est incroyable.
On peut, en effet, en lire le bonheur sur le visage arrondi.
- Cependant je suis peut-être endurant, mais je n’ai plus vingt ans. Aussi je laisse ces deux-là continuer à s’amuser, pendant que je fais une pause d’une heure... Et toi ?
Les iris gris bleuté s’attristent.
- Je... Je...
Alarmé, le quinquagénaire s’avance lestement.
- Du calme, mon ami... Où est Gaël ? Quelque chose lui est arrivé ?
Au prénom, Stéphane fait volte-face et appuie sur la poignée.
- Je dois le trouver.
Une main stoppe l’ouverture, et une large épaule referme le bois.
- Je t’ai dit : du calme.
Le regard clair se fixant enfin au sien, le bear peut continuer avec un timbre moins autoritaire.
- Qu’est-ce qui s’est passé ?
Pour la première fois, depuis qu’ils se connaissent, son patron occasionnel se jette à son cou et le serre désespérément dans ses bras.
- Je crois que je l’ai perdu. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vais faire ? Aide-moi ! Je t’en supplie ! Aide-moi !
L’homme étreint de même, de longues minutes, cette âme meurtrie afin de la réconforter au mieux qu’il peut. Quant au secours offert, il fait de son mieux en conduisant le malheureux à travers les avenues et les rues peu fréquentées ce jour. Hélas, aucun Gaël n’y arpente leurs trottoirs, et le visage de son ami se fige dans le désarroi. Le chauffeur décide à se garer sur le bas-côté.
- On n’arrivera à rien comme ça... Tu ne sais vraiment pas où il aurait pu aller se réfugier ? Des amis ?
La tête fait juste un mouvement négatif dans un silence funeste.
- Bonté divine ! On dirait deux étrangers.
Et oui. Le photographe ne connaît pas vraiment Gaël. Pourtant, dès l’ouverture de la pension, ils ont été voisins de palier, ont mangé à la même table. Ils ont souvent ri du rocambolesque de la vie. Néanmoins, aucune confidence n’a été de mise. Puis, dès leur retour dans leur chambre respective, telle la majorité des citadins, c’était un chacun chez soi.
- Vous n’aviez pas un lieu où vous vous rencontriez pour boire un coup, de temps en temps ?
Une petite étincelle éclaire les yeux mornes.
- Le Man-bar. Il m’a invité, une fois, à y boire un verre.
- Qu’est-ce que tu racontes, mon ami ? T’es sûr que c’est au Man-bar ? Le bar gay à...
- Oui. Il n’y en a qu’un de ce nom, ici. Go !
Le visage de son junior s’est ravivé d’espoir. Aussi le quinquagénaire s’abstient de tout autre commentaire. Il amène son jeune patron à destination. Celui-ci sort de la voiture après lui avoir affirmé de partir. Toutefois l’homme descend la vitre de la portière passagère, avant que son compère s’en éloigne.
- Mon ami ?
Celui-ci abaisse son regard à l’ouverture.
- N’hésite pas à m’appeler, s’il y a besoin. Je viendrai te chercher.
- Ne t’inquiète pas. Je suis sûr qu’il est là. Quand il m’y a invité, il m’a avoué que quand il était tourmenté, c’était toujours ici qu’il venait se réfugier pour rechercher de la chaleur humaine... Merci encore de m’avoir offert de ton temps précieux. Va rejoindre Marc et Gabriel, maintenant. Ils doivent t’attendre avec impatience.
Sur ce, Stéphane se dirige vers le bar, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre chaque jour de l’année, et y entre. En fait, il est un peu choqué de n’y trouver que peu de monde, en ce début d’après-midi. L’ultime fois où il y a pénétré, la grande salle était aussi bondée que le balcon la surplombant. Là, il est déjà presque quatorze heures, et il n’y a juste que six, sept couples s’embrassant, de-ci de-là, librement. Des mains libertines se faufilent dans les poches arrière du pantalon de certains comparses accoudés au bar.
- Bonne année !
- Oh ! Bonne année, aussi.
Le barman, fana de culturisme, essuie le comptoir de son torchon.
- Que puis-je faire pour vous ?
- Je cherche un certain Gaël. Mon gabarit et les yeux de deux couleurs différentes.
- Ah. Désolé. Il a déjà une proie.
- Une quoi ?
L’employé sourit.
- Puisque vous n’êtes pas un habitué, vous devez savoir que ce bar est un bar à rencontres. La plupart des hommes, passant cette porte, sont là pour chercher un coup d’un soir ou de quelques heures.
Un doute envahit soudain le serveur.
- Dites ? Vous n’êtes pas ici pour faire du grabuge, hein ? Vous êtes quoi exactement pour lui ?
Stéphane, dont le cœur a loupé un bond à la nouvelle, fait un effort surhumain pour répondre d’une voix sans équivoque.
- Son ultime ami.
- Oh. Alors...
Rassuré, l’homme montre l’étage d’un doigt.
- Il y a dix minutes, il venait juste de revenir de l’hôtel quand il a ferré sa seconde prise de la journée. Il a toujours autant de succès, grâce à sa particularité.
- Quoi ?
Le bodybuilder se penche au-dessus du bar, afin de pouvoir parler en toute confidence.
- Beaucoup de gars aiment les sensations fortes que leur offre ce qui n’est pas commun. Son regard diabolique est son atout... Mais, pour ma part, je préfère plutôt votre genre. Et je n’en ai pas l’air, mais je suis un passif trèès sensible.
- ... Peut-être une autre fois.
Laissant son charmeur derrière lui, Stéphane s’éloigne résolument vers les marches menant au balcon.
- Tes yeux sont terrifiants.
Même si le gars est plutôt mignon, sa voix nasillarde exaspère Gaël. Aussi celui-ci se concentre sur le contenu de son verre. Il le boit lentement pour prendre le temps de se faire à ce timbre allant monter encore d’une octave dès qu’ils atteindront l’hôtel un peu plus loin.
- J’aime le glauque.
- Désolé. Cet homme n’a pas la capacité d’exaucer ton vœu. Le sordide, ce n’est pas son truc. Tu auras plus de chance d’avoir peur avec ce gars en noir, là-bas. Ses piercings ont l’air redoutable, ses dents affutées dangereusement, et ce qui transperce sa langue te donnera certainement les frissons d’angoisse que tu recherches tant.
Le ton du nouveau venu est paisible. Trop paisible. Les yeux clairs étalent une douceur sereine. Excessivement sereine. Un effroi transperce le jeune adulte préférant s’esquiver et aller tenter sa chance auprès du désigné gothique à la dentition cannibalisée.  
- De quoi tu te mêles ?
Le calme. Il n’y a eu aucune animosité dans la voix de Gaël. L’homme continue même à boire tranquillement son verre. La seule chose qui trahit la fausse quiétude, sont les iris ne l’ayant pas regardé une seule fois depuis que Stéphane s’est invité dans cette grotesque comédie.
- De ce qui me concerne.
- ... Le cul rond de ce damoiseau avait tout ce qui est à mon goût, plus de chair que de muscles. Ses hanches savoureuses étaient tel que je les aime, étroites à souhait. Tu m’as fait louper le meilleur tirage de fions de cette journée. Cela aurait été deux heures des plus délectables.
Le coup de poignard, infligé par les mots du perfide, l’a touché en plein cœur. La blessure s’est immédiatement mise à saigner abondamment. Le photographe n’arrive à en endiguer l’hémorragie. Ses poings serrés se sont relâchés, sa tête vidée. Son visage a sûrement pâli, car il ressent comme une lourdeur à ses joues. Mais les yeux vairons ne fixant que le verre à moitié vide, son bureaucrate ne peut remarquer son malaise. Et cet homme retourne le couteau dans la plaie, en regardant sa montre.
- Bah ! Le frêle premier messire, que je viens de laisser, avait décidé de m’attendre une demi-heure dans la chambre au cas où il n’y aurait rien à déguster dans le coin. J’ai encore le temps de le rejoindre et de m’en satisfaire de nouvelles fois. Il est tellement bandant que je n’ai même pas besoin qu’il me motive entre deux assauts, lui. Mon soldat est direct au garde-à-vous. Un enchantement.
Le silence perdure de longues secondes avant que Stéphane ne le brise.
- Personnellement, je les préfère aussi grands que moi... Minces ou en muscles, cela m’importe peu. Après tout, on est d’accord, l’important est le délice obtenu, non ? Aussi, puisque tu as pris soin à ce que je n’ai aucune séquelle dorsale m’empêchant de reprendre ma place d’actif dès cette minute, je vais aller accepter la proposition de ce succulent barman. Je te quitte donc. Et complais-toi bien dans ta vie de solitaire mal-aimé, et patati, et patata...
Le timbre a été indéniablement assuré. Le je m’en foutiste de leur passé est reparti d’un pas allègre jusqu’au comptoir en contrebas. Gaël se lève lentement pour pouvoir lorgner le séducteur appelant son demandeur d’un sourire aguichant. Inconvenant. L’homme en grommelle entre ses dents serrées.
- Regarde mieux ce tas de muscles, merde ! Il a au moins le double de ton âge. 
Qu’est-ce que son photographe a dans la tête ? Lorsque ce dernier, arrivé au comptoir, retire son blouson...
- Qui est-ce qui t’a permis de me piquer ce tee-shirt ? 
Surtout que celui-ci est d’un voile noir presque transparent. Ce que le Rambo n’a pas loupé de remarquer.
- Qu’est-ce que tu zyeutes comme ça, espèce de pervers ? 
Une grosse pogne soulève en l’air la paume de son amant aveuglé, rigolant bêtement du geste malsain, ne sachant rien comprendre à ce sous-entendu.
- Lui touche pas la main comme ça ! Espèce de... 
Un bloc-notes et un stylo ont été tendus à Stéphane qui y griffonne quelques mots avant de le redonner au disgracieux sourire béat.
- C’est ton adresse ? Tu comptes qu’il vienne te rendre visite à la pension ? 
C’en est trop. Gaël desserre sa prise de la rambarde et descend en trombe dans la grande salle. Là... Le choc. Devant ses yeux, son macho de bichon se penche tout guilleret à l’oreille de ce monsieur muscles pour lui murmurer un il ne sait quoi qui rend cet air ravi complètement niais. Le bureaucrate ne sait exactement quel visage, lui, arbore à cette minute, mais la salle entière se tait à son avancé fulgurante. Aucun mouvement de défense pour sa victime n’est tenté, ni par les uns ni par les autres, quand il l’empoigne, la traîne au-dehors jusqu’au fond de l’impasse à côté de la bâtisse et la jette à terre, dans un terrible fracas, au milieu des ordures s’y accumulant. Seulement il a dû retenir sa force de lancer, car son souffre-douleur se dégage de l’amas de déchets en un éclair et se relève aussitôt pour se poster devant lui, empreint d’une colère hystérique.
- Mais qu’est-ce qui te prend, encore ?
Lui répond d’un ton débonnaire.
- Que veux-tu ? Même les démons ont leur fierté. Te voir avec ce gonflé aux anabolisants... Tu aurais pu choisir mieux après être passé dans mes bras.
- Ed est un vrai gentleman, lui. Tout ce qu’il y a de doux, compréhensif et charmant.
La noblesse n’est plus de mise. Gaël se met à crier aussi fort que son compère.
- Désolé d’être le fils de Satan. Mais je suis né monstre et mourrai comme tel.
 
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