Loi numéro I : partager
- Attention, le
petit oiseau va sortir...
Le flash
illumine le stand du Père Noël. Stéphane vérifie immédiatement la prise sur son
appareil. La mère de l’enfant, appuyant avec insistance sa volumineuse poitrine
contre son bras, regarde de même, de son air austère, la fenêtre où s’affiche
la photo de son mouvementé chérubin. C’est la quatrième fois qu’elle la lui fait
refaire. Son petit démon ne tient pas en place et, comme la figure maternelle,
ne sait aucunement sourire. L’homme grimace. Sur cette image, au moins, le garçon
ne tire pas méchamment sur la barbe du héros du jour, la narine légèrement
épatée de ce dernier n’est pas exploré par un doigt juvénile, et le jeune
diable ne saute pas du genou de l’homme, à la dernière seconde, disparaissant
ainsi de moitié de l’objectif. Non. Là, il a préféré arborer une pose hautaine.
-
Magnifique ! Vous m’en tirez dix.
Stéphane n’en
revient pas. Mais c’est la loi de son business : chaque acheteur a des
goûts distincts. Le photographe se détache sur-le-champ du contact abusif de la
dame, effectue le tirage, et encaisse le dernier dû tout en esquivant de justesse
le discret écrit du numéro de téléphone de la cliente. Enfin, lorsque cette dernière
abandonne son projet pour poursuivre son fuyard de rejeton, il appuie, illico,
sur l’interrupteur des lumières du stand.
- Journée
close.
Puis, il
commence à compter la caisse.
- Mon ami, on
a tout de même survécu. Toi, aux avances de ses insidieuses mères, et moi...
J’ai bien cru qu’il allait me tuer celui-là.
Le Père Noël
s’assoit lourdement sur la chaise tout en retirant la fausse barbe écarlate.
- Les mômes
d’aujourd’hui ! Tous des monstres !
- C’est pas vraiment
leur faute. Leurs parents leur donnent tous les droits.
- Eh bien, il
devrait y avoir une loi interdisant aux parents d’être aussi laxistes, à cette
période de l’année.
L’homme au
ventre proéminent prend le temps de se désaltérer à la bouteille d’eau récupérée
dans la glacière, avant de continuer son plaidoyer.
- Moi, à mon
époque, on était de vrais anges quand arrivait décembre, parce qu’on nous
affirmait que si on n’était pas sages, le papa Noël ne nous apporterait pas nos
cadeaux.
Le photographe
sourit à la réflexion du quinquagénaire ayant dû suer, ces derniers jours, dans
le chaud habit du redresseur de tort en question, et supporter les caprices de
certaines têtes blondes installées sur sa cuisse.
- Tiens. Voilà
ton salaire du jour et ton pourcentage. On a fait un bon chiffre aujourd’hui.
- Et me voilà
en vacances jusqu’à l’année prochaine ! Hourra !
Les deux
hommes se mettent à rire de bon cœur, déchargeant ainsi le stress emmagasiné
depuis le début de la semaine. Puis, ils trinquent de leurs litres respectifs.
- Joyeux Noël,
Père Noël.
- Joyeux Noël
à toi aussi, mon ami.
Après une
bonne lampée, les yeux gris bleuté lorgnent le matériel à ranger.
- Bien. Je
vais m’y mettre. J’ai un repas de veillée ce soir.
- Ah
oui ?!
- Ne sois pas
si étonné. Notre pension a une ambiance assez bon enfant et un gérant plutôt
bon cuisinier.
- Y en a qui
ont de la chance.
- Quoi ?
Tu es seul, pour la veillée ?
- Non. Des
connaissances m’ont invité à une fête réservée à des célibataires... de mon
genre.
Le sourire en
coin, sur le visage aussi arrondi que le ventre, laisse entrevoir avec clarté les
futures intentions dépravées de cet événement.
- N’oublie pas
les préservatifs, à chaque fois, hein ? Et n’abuse pas de ta libido en
folie constante, afin de laisser profiter les autres des trous de balle
s’offrant, cette nuit. Compris Père Noël ?
Profitant
qu’ils soient à moitié cachés, l’une des grosses mains de celui-ci vient enrober
l’entrejambe de son jeune patron.
- Si tu veux que
je t’aide à libérer la tension qui tend ton pantalon par là, j’ai encore
quelques heures devant moi avant d’y aller, et déjà cinq boîtes de protections
dans ma hotte, mon ami.
Stéphane se
penche au plus près du faciès aux cheveux blancs.
- Impossible.
Un, parce que je ne déchargerai mes aumônières qu’avec celui qui hante mes
rêves, en ce moment. Et, deux, parce que je suis comme toi, rien qu’un
actif à cent pour cent.
Un baiser
chaste et bref conclut la discussion de ce sujet-là. La paume délictueuse
s’éloigne de sa saisie.
- Mais puisque
tu as du temps libre, je veux bien que tu le partages avec moi, en me donnant
un coup de main pour ranger mes affaires.
Sur ce, la
belle silhouette de plus d’un mètre quatre-vingt s’éloigne de son assistant
intérimaire en rut afin de commencer à remballer son outillage. Ce soir, il ne
veut pas être en retard. C’est sa première veillée festive en compagnie de Julian.
Et il compte bien savourer chaque minute partagée avec le top-modèle.
***
- Tu es tout
seul, ce soir. Et je sais que tu es célibataire. Maintenant que je te connais,
je sais que tu es loin du monstre que tu parais être. Aussi, tu auras la faveur
de venir réveillonner avec moi. Tu n’auras pas à cacher tes yeux, j’aime les sensations
fortes. Tu vas m’offrir une veillée inoubliable.
Les longs cils
foncés voilent une seconde le regard taciturne fixant l’inconnue ayant lâché de
telles affirmations. Chaque semaine, déjà, en temps normal, Gaël a droit à une
invite de ce genre, des femmes recherchant le grand frisson. Mais quand arrivent
les périodes festives, les sollicitations se multiplient, et en deviennent
lassantes. L’entreprise, comme toutes les années, fait un pot de Noël avant la
fermeture du grand bâtiment jusqu’à l’année suivante. L’archiviste, employé ici
à tiers-temps, a fait l’effort de venir y boire un verre. Et voilà que ce
décolleté aguichant espère... non... lui ordonne d’être son bouchon de
champagne pour cette nuit. La journée a été longue, et la patience de l’homme a
atteint sa limite. Aussi, tel le diable, il joue de sa particularité pour se
délecter de la frayeur s’affichant, aussitôt, sur le faciès peinturluré à
l’extrême. Il renforce cet effet en arborant une voix provenant droit des Enfers.
- Le problème
étant que ton anatomie de femelle arbore deux embouchures, et que je n’ai qu’un
seul liège à offrir. De plus, ton goulot central n’est pas celui que j’apprécie
habituellement obstruer. Bonne fin d’année, tout de même.
Gaël tourne le
dos à la secrétaire restée sans voix. Il pose son verre à moitié vide sur la
table, et sort des locaux. Le froid de l’hiver lui gifle, aussitôt, le visage.
Il boutonne jusqu’au cou sa parka, en relève le col, puis se décide à commencer
sa longue marche au travers les avenues aux trottoirs noirs de monde. La ville
est bruyante et gaie de par l’arrivée des fêtes. Les vitrines rayonnent de
décorations enneigées. Dehors, les flocons ne sont pas au rendez-vous, la
température est trop fraîche. Le bureaucrate presse son pas, s’il continue à
flâner en rêvant, il va arriver en retard. Il ne tient pas à faire attendre
l’élu de son cœ...
- Oups !
Excusez-moi.
Aux yeux
vairons se posant sur elle, la jeune fille s’en apeure, avant de s’en éblouir. Sa
main, tendue vers le bel inconnu bousculé, est restée en suspens. Aux murmures
de ses camarades derrière elle, elle ose un...
- Bon
Noël !
- ... Bon
Noël.
À son salut
courtois, la lycéenne va rejoindre le groupe d’adolescentes l’attendant. Gaël
reprend sa route, pendant que, dans son dos, des exclamations de fans explosent.
- Ah ! Le
pot !
- Il est trop
beau !
- Je veux le
même, en maillot de bain, sous le sapin.
- Et sa
voix ! Sa voix !
Là, c’en devient
carrément embarrassant. Surtout que les passants, interloqués par le
remue-ménage, le fixent en le croisant, et se retournent, ensuite, pour évaluer
l’arrière de l’avant de cette silhouette tant briguée. Heureusement, l’angle de
la rue est proche. L’homme s’y échappe.
***
-
Bienvenue ! Tu en as mis du temps !
Marc grogne. Il
sait déjà qu’il est l’un des derniers arrivés. Il se débarrasse, d’un geste las,
de son vieux blouson en cuir noir, et le suspend au pommeau de l’escalier. Il prend
le temps d’inspirer une grande bouffée d’oxygène en poussant ses épaules vers
l’arrière. Certains os de son squelette d’un mètre quatre-vingt-douze en craquent.
Sa grande paume masse son épaule aux muscles en reliefs aussi durs que du
béton.
- Crevé.
Les ouvriers
sans enfant ont dû faire des heures supplémentaires, au chantier, pour
remplacer les pères en congé. Éreinté, l’homme n’est pas vraiment d’humeur à la
fête. Cependant, Romain, le concierge des lieux, l’entraîne dans la grande salle
commune où attendent les autres locataires de cette pension bon marché. Là, il
est abandonné par son conscrit au moment où on lui présente un verre de vin
chaud. D’une voix fatiguée, il remercie la main amicale.
- Sympa.
- De rien.
Le timbre
moyen lui répondant le surprend. Mais le manœuvre n’a pas le temps de relever
les yeux de sa boisson que Gabriel s’éloigne déjà. Il s’en renfrogne
intérieurement. Comment a-t-il pu louper une telle occasion de pouvoir retenir
ce bel oiseau de cinq ans son cadet ?
- Chian
li ! Imbécile !
Marc s’est
injurié en serrant les mâchoires.
- Tu t’es raté.
Le travailleur
lorgne, de côté, Julian un top-modèle de magasine. Le métis lui sourit. Un
sourire d’encouragements ou narquois ? Il s’en fiche vite.
- Mm. Je me
rattraperai la prochaine fois.
- D’après ce
que j’ai compris, tu seras assis à ses côtés à table. Alors, bonne
chance !
Sur ce, le mannequin
se dirige vers Stéphane et Gaël. Sous ce toit, tous connaissent le sentiment amoureux
de ces deux-là pour ce Franco-espagnol. Chaque jour, ils sont en compétition
afin de parvenir à leurs fins auprès de lui. Toutefois, contre toute attente,
il n’y a jamais eu ni perdant, ni gagnant.
- Tu veux
boire du vin, Julian ?
- Tu préfères
sûrement un gâteau apéritif ?
Gaël regarde
d’un air mauvais son rival le toisant de même. Les hommes sont pratiquement de
même taille. Leur allure machiste les rend particulièrement attirant. Ils portent
leur virilité mâle à merveille.
Le sujet de la
brouille se positionne entre les pugilistes. Dès que le métis a emménagé au
premier étage de la bâtisse, six mois plus tôt, ses voisins de palier sont
devenus des ennemis farouches.
- Je vais
prendre les deux, merci.
Ne peuvent-ils
pas fumer le calumet de la paix, au moins ce soir ? Après tout, on est la
veille de Noël. Mais il est à peine vingt heures, et déjà la lutte est de mise.
Le repas qui va suivre, risque de tourner au vinaigre si Julian ne fait rien.
- Dites ?
Vous voulez me faire plaisir ?
- Bien
sûr !
- Tout ce que
tu voudras.
Les visages se
sont illuminés à la demande.
- Laissez vos
armes dans leurs étuis, et partageons, ensemble et dans l’entente, une bonne
soirée.
Là, les faciès
grimacent.
- Pour moi,
hum ?
Les duellistes
ne peuvent résister à ces yeux sombres quémandant tel un enfant, à cette voix
mielleuse à souhait même s’ils la savent poussée à son paroxysme afin de les
attendrir. Ils acquiescent donc.
Le peu d’enthousiasme
que ses compères ont mis à accepter sa requête, est un peu vexant. Julian se
félicite, tout de même, pour la trêve obtenue. Et, pour bénir cet armistice, il
leur offre une bise sur la joue, à chacun.
Ivan sourit à
la surprise des deux adversaires. Dès qu’il aura le temps, sûr qu’il dessinera
la scène dont il vient d’être témoin. Étudiant en art, il aime croquer ces instants
flashs. Toutefois, il détourne vite son attention sur son sujet préféré.
Étienne se sert dans les cacahuètes. L’homme doit être aussi léger que Gabriel
retirant un plat vide près de celui-ci. Tiens, son colocataire le dépasse de
quelques centimètres. Le dessinateur évalue que le corps doit alors à peine mesurer
un mètre soixante-dix. Les silhouettes frêles sont presque identiques. Presque.
Les épaules d’Étienne sont plus étroites, mais celles de son camarade de
chambre descendent tandis que les humérus de son idéal sont pratiquement
perpendiculaires à l’extrémité des clavicules. Le port droit de cette anatomie
marque la courbe efféminée de sa taille et la fine ligne de ses hanches.
Étienne a une
faim de loup. Hier, il a bossé au journal quatre heures d’affilée, sans pause.
Toujours pas habitué à ce train de vie du peuple, il en a été si fatigué qu’il
s’est endormi à son retour, sans manger, et ne s’est réveillé que depuis une heure.
Son ventre demande donc à être rassasié.
Plus il
détaille ce corps svelte avec des manières raffinées, plus son envie de lui
s’élève au summum. « Je t’aime, Étienne. »
Ivan soupire. Jamais il n’arrivera à le lui dire de vive voix.
- Tu
rêves ?
L’universitaire
sursaute. Il ne s’était aperçu de la présence de son ami, à ses côtés, qui en
rit aux éclats. À cette réaction, le jeune homme affiche une moue boudeuse.
- Arrête de te
moquer, Gabriel.
- Bon. Nous
allons passer à table.
Romain se
renfrogne intérieurement d’avoir dû annoncer cela, seulement sa dinde va être
sèche à force d’attendre l’arrivée de tout le monde. Cependant, le cuisinier
aurait apprécié que la seule personne, restant encore invisible, soit là ce
soir.
- On n’attend
pas Patrice ?
Au prénom de
l’abonné absent, le moral du concierge s’attriste. Il fait pourtant bonne
figure.
- Il a dû
avoir un empêchement de dernière minute.
- Je n’ai jamais
compris comment un gars de deux mètres de haut, pouvait être aussi manipulable.
- Ouais. Son
physique est assez impressionnant pourtant.
- Mais il ne
fait plus peur dès qu’on le connait.
- Si il avait
un caractère moins tendron.
- C’est vrai
qu’il a tendance à acquiescer à toute demande.
- Dis,
Marc ? Tu ne pourrais pas lui apprendre à être plus ours, comme toi ?
Le plantigrade
en question grogne à la suggestion, et se renfrogne de la comparaison.
- Comme si
j’étais mal léché.
C’est alors
qu’un bras fin entoure son biceps proéminent.
- J’ai
toujours admiré la virilité des grizzlis, moi.
L’ouvrier se
sent fondre à ces mots, cette voix, ce contact. Et, comme un ourson, il se
laisse guider docilement jusqu’à sa chaise par son magnifique Gabriel.
***
- Est-il
possible de te parler ?
Julian est ce
qu’on appelle un harcelé. Depuis qu’il a emménagé en ces lieux, deux hommes,
deux séducteurs invétérés, se font la guerre afin de gagner ses faveurs. Des
mois durant, il a dû supporter leurs flirts simultanés, finissant toujours par
un accrochage. Ce soir, au repas de cette veille de Noël, n’en pouvant plus, il
s’est dressé entre les acolytes se faisant encore front pour connaître qui
aurait le privilège de lui offrir son cadeau en premier. Ce stupide geste lui a
valu un coup fulgurant dans le bide et une superbe droite sur la joue. Et voilà
que l’un de ses agresseurs vient frapper à sa porte, la bouche en cœur. Ne voulant
aucunement ouvrir, l’Hispanique répond derrière le bois.
- Si c’est
pour savoir comment je me sens, sache que j’ai l’impression d’être passé sous
un rouleau compresseur, et que j’ai mal, rien qu’en te répondant, tant ma
mâchoire est endolorie.
Le silence
perdure un moment avant qu’il n’entende, à nouveau, la voix légèrement hésitante.
- Est-ce
que... Est-ce que je peux faire quelque chose ?
- Va voir ton
partenaire de ring, et trouvez un compromis pour vous entendre, ou ne
m’adressez plus jamais la parole ni l’un ni l’autre.
Stéphane
écoute Julian bougonné dans la langue de son paternel tout en s’éloignant de
l’entrée.
- Il nous en
veut, hein ?
L’homme se
tourne vers son voisin de palier.
- Peux pas te dire.
Je ne connais pas l’espagnol.
- Ouais...
Gaël souffle
tout en s’adossant, bras croisés, au mur.
- On est
vraiment accro à ce mec.
- ... Oui.
Le photographe
vient s’installer au côté de son compère, et souffle de même. Soudain, son
homologue lève les bras au ciel.
- Haaa !
Mais c’est sa faute aussi ! S’il était moins beau et moins gentil.
- La plupart des
métis sont mignons. Mais en plus, celui-ci a du charisme. Et il doit avoir une
poussée suspecte de phéromones pour nous envoûter ainsi.
- Ouais. C’est
certain. Et puis on n’est pas si méchants que ça, non plus.
-
Exactement ! On est juste amoureux...
- Du même
homme.
Les voix se calment.
Les pauvres cœurs brisés fixent le sol, perdus dans leurs pensées. Le silence
les entoure.
Gaël desserre
le nœud de cravate et quelques boutons du haut de sa chemise.
- Il a raison.
On ne peut pas continuer comme ça.
- Mm.
Stéphane se laisse
glisser le long de la paroi, et s’assoit sur ses talons.
- Qu’est-ce
qu’on va faire ?... Il a parlé de compromis, mais je ne vois pas où il
veut en venir.
Le bureaucrate
s’accroupit à son tour. Il faut réfléchir, et, après une journée de travail
enfermé dans une petite pièce sans fenêtre, il a du mal à se concentrer.
Les larges
épaules des deux hommes tirant le tissu de leurs chemises laissent deviner des
corps modelés. Leurs vingt-cinq ans leur vont à merveille.
- Un tour
chacun, peut-être ?
- Qu’est-ce
que tu racontes ?
- On joue à la
courte-paille celui qui passera cette première nuit avec lui.
- Arrête. Dis
pas n’importe quoi.
- Je suis
fatigué de toutes ces bagarres stupides.
- En plus ce
soir, c’est Julian qui en a fait les frais... Ça craint... À moins que...
- ... Si tu as
une autre idée, je t’en prie, explique.
Les voix
deviennent murmures. L’oreille collée à la porte, le métis ne comprend plus ce
qui se dit dans le couloir. Il soupire. Après tout, peut-être est-ce vraiment
de sa faute si ces hommes se déchirent. Il n’a pu choisir entre les deux prétendants.
Ils lui plaisent autant l’un que l’autre. Au début les escarmouches n’étaient
pas méchantes, cependant, au fil du temps, elles ont été plus virulentes. Ses
soupirants en sont même arrivés aux poings ce soir, et...
- Non mais,
pourquoi je me suis mis entre, moi ?
La colère
remonte de ses entrailles. Dans une semaine, au dernier jour de l’année, il doit
rencontrer un responsable de marketing cherchant un métis entre vingt-cinq et
trente ans. Ce travail est sous contrat, et un contrat représente un salaire
fixe plus les à-côtés. Ses parents lui ont donné un physique de rêve tout
élancé. Bien qu’il lui manque un petit centimètre pour arriver aux cent
quatre-vingt appréciés dans le mannequinat, la finesse des traits de son visage
et son teint métissé lui ont ouvert quelques portes. Des portes qui se sont
refermées un an plus tôt lorsque, dépressif, il n’a pu travailler au rythme
soutenu exigé. Le trente et un de ce mois, il a une ouverture, une nouvelle chance.
Seulement ce soir, celle-ci a peut-être été gâchée par son geste absurde. Julian
se remet face au miroir. Son visage ressemble à celui d’un boxeur.
- Merde !
Romain, le
responsable de la pension, lui a pourtant, tout de suite, mis de l’arnica, et
appliqué un chiffon rempli de glaçons sur sa mandibule. Cependant...
-
Regarde-moi ! Et tout ça pour que ceux-là ne se retrouvent pas à
l’hôpital.
En plus, leur
querelle est tellement stupide. Cela dure depuis trop longtemps. Il y a bien
une solution afin que chacun y trouve son compte. Toutefois faudrait-il que ses
admirateurs y pensent eux aussi. Après tout, il n’est pas certain qu’ils veuillent...
L’homme soupire de plus belle.
***
- Hhh !
Huum !
Gabriel se
mord la main pour ne pas crier plus fort. Les murs du bâtiment sont plutôt
fins, et leurs voisins sacrément intéressés par ce qui peut se passer dans leur
chambrée. Son ami, lui, n’en a cure de savoir qu’on puisse se servir de leur passion
pour se satisfaire. Aussi, Ivan accélère les mouvements de langue tout en
resserrant les lèvres autours de sa tige durcie.
- Hm !
Hhh ! Hm !
Oui, ils sont gays.
Oui, ils ont aménagé, ici, depuis plus d’un mois afin de vivre leur penchant en
toute liberté. Et oui, ils font depuis l’amour presque chaque jour. Leur entourage,
dorénavant ? D’autres hommes aux mêmes tendances sexuelles. Des affirmés, des
séducteurs, des tendrons, aux faibles revenus, logent dans cette pension à
trois cents euro, repas compris, par mois.
Gabriel a
vingt et un ans. Son compagnon, de même. Ils se sont connus sur les bancs du
lycée, avant de s’inscrire à la même université, l’un suivant des cours
d’histoire de l’art, et l’autre des beaux arts. Et ce, tout en assurant, un
travail à mi-temps, depuis que leurs parents ont renié jusqu’à leurs existences
lorsqu’ils ont mis à jour leur liaison.
- Arr... houm !
Arrête !
La bouche
lâche instantanément le fin membre aux veines enflées.
- Tu es déjà
prêt à me recevoir ? Ou as-tu peur d’une éjaculation précoce ?
Le regard langoureux
de son comparse en dit long sur sa condition. Ivan les positionne donc pour la
première entrée chaleureuse de cette soirée. Après tout c’est la veille de
Noël, et il tient à faire vivre une nuit inoubliable à son passif dévergondé,
tout en faisant partager l’émoi au voisinage. Il se penche pour soulever les
hanches. Soudain soucieux, l’homme arrête son geste tandis que les reins sont
suspendus à quelques centimètres du sommier.
- Dis
donc ? Tu pèses combien ?
- Quoi ?
Qu’est cette
question ? Pourquoi, tout à coup, son ami se renseigne sur son
poids ? Mais machinalement, Gabriel répond.
- Soixante
kilos. Environ.
L’artiste
sourit. Étienne ne doit guère faire plus. Si un jour, ils ont ce genre de
rapports, l’homme prendra soin de caler délicatement le frêle squelette entre ses
muscles. Ivan a déjà cette crainte que son actuel amant ne se casse à ses finales
avancées vigoureuses, alors celui qu’il aime en secret... Les doigts de son ami
viennent vigoureusement enserrer ses biceps finissant l’ajustement.
- Ne... Ne me
fais pas crier comme hier. D’accord ?
À ces mots, les
yeux océan s’éclaircissent d’une étincelle malsaine. L’homme connait les
attentes de son passif.
- Très bien.
De toute façon, il préfèrera t’entendre hurler.
La soudaine
obstruction de son intimité lui coupe le souffle. Époustouflant est le mot qui
convient le mieux à ce qu’a ressenti Gabriel, bien qu’aucun son n’en ait
exprimé le bonheur.
Les fins
muscles du corps se sont crispés. Ivan décide donc de laisser à son colocataire
le temps de récupérer son air. Il est malgré tout un peu contrarié que ce
dernier n’ait daigné crier de tout son soûl. L’un de leurs voisins a dû être
pareillement déçu. Le dessinateur reste donc enfoui au plus profond de son inexpressif,
et commence à bouger tendrement ses hanches en tournant de droite à gauche.
Le mouvement, entre
ses parois internes, est en contraste complète avec l’entrée sauvage les ayant
cisaillées, quelques secondes auparavant. Le contact léger, par intermittence,
que Gabriel perçoit en lui, finit d’électriser tout son être.
- Hmm ! Hmm !
De l’autre
côté des murs, deux célibataires à l’oreille aiguisée doivent commencer à
éprouver les conséquences de leurs indiscrétions. Depuis que les étudiants se
sont installés dans la chambre centrale, du second étage, leurs soirées en sont
certainement devenues éprouvantes. Le bruit crissant du sommier, du lit cognant
le mur au rythme des mouvements plus ou moins rapides se répétant encore et
encore, et, ajoutés à cela, les gémissements des deux acteurs... leurs chers
voisins ont, irrémédiablement, droit à un stimulant porno gratuit avant d’aller
dormir.
***
- Allez, mon
ange !
Marc,
conducteur occasionnel de véhicules de chantier, ne peut s’empêcher de se
coller à la cloison adjacente, le séparant de l’autre pièce, dès qu’il entend
la voix suave de Gabriel appelant son amant. C’est toujours ainsi que débute
une heure des plus chaudes. Mais aujourd’hui, cela va sûrement durer plus
longtemps, puisque les universitaires sont en vacances scolaires.
- Crie ! Donne-toi
à fond !
L’homme a une
certaine attirance pour ce passif exubérant. Le frêle corps l’attise à chaque
fois qu’il l’imagine nu en train de se faire prendre, sans retenue, dans
différentes positions. Marc, se branlant alors, fantasme sur ces yeux, bruns et
arrondis, se voilant par intermittence aux battements incessants du membre
écartelant sa cavité. La fine bouche doit s’ouvrir ostensiblement pour clamer
son extase. Les hanches étroites bougent afin d’encourager les allers-venus
plus approfondis de son partenaire.
- Hhh !
Hhhhhrg !
Le sperme
éclabousse son torse velu tandis que la voix de son aimé hurle sa libération. Marc
prend le temps de se remettre de cette première sensation avant de se rendre au
coin bains de la pièce. Il n’aime pas se sentir poisseux. De plus, la toison
sombre, recouvrant une bonne partie de son poitrail jusqu’à son bas-ventre, est
si frisée que la substance asséchée a du mal à s’estomper. Ne tenant aucunement
à atténuer davantage les sons allant se réitérer à côté, il laisse la porte de
la douche ouverte. Sa main tourne le mélangeur pour que l’eau s’écoulant
sur son corps soit plus chaude que tiède. Enfin il se lave. Mais, il finit
juste de rincer le savon que les exclamations reprennent de plus belle.
Quoiqu’il n’apprécie guère celui faisant rugir ce mignon minois, Marc lui
reconnait cette qualité d’être un actif à la récupération record. Là-dessus,
l’ouvrier le met à égalité avec lui. Cependant, Gabriel aurait déjà reçu, de sa
part, un entraînement poussé pour ce qui est de l’endurance. Et si le svelte
corps n’avait pu, malgré tout, apprendre la persévérance, le manœuvre ne se
serait pas arrêté à tenter d’entrer en extase à l’unisson avec son passif. Lui,
il l’aurait juste laminé jusqu’à goûter son propre plaisir. À cette pensée, le
bear est prêt à se saisir de son membre, tout aussi dressé que celui de l’entreprenant
derrière le mur, quand il suspend son geste. Son regard clair s’affermit. Il vient
de réaliser que, depuis quelque temps, il rythme ses envies au gré de ceux de
son amant par intérim.
- Chian
li !
L’homme en
grogne tel un ours.
- Hors de
question que je libère mes burnes à ton bon vouloir, Gab !
Empoignant
méchamment son monstrueux diamètre, il prend sa décision.
- Fini les
gentillesses ! Je vais t’apprendre ce qu’est un dominant dans toute sa
puissance.
Une
éjaculation plus tard, le timbre des gémissements change. Le manœuvre reconnait
l’approche ponctuant les différents ébats. Ses doigts s’activent, illico, sur
sa tige rougie par la température élevée du jet. Il se cale contre la vitre embuée,
et excite plus vivement son membre, encore.
- Hh !
Seulement pour toi ! Hh ! La dernière, ensemble ! Hh !
Gab !
Quand celui-ci
hurle, pour la cinquième fois son plaisir assouvi, sa propre troisième poussée
libératrice asperge la robinetterie.
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