Traduction

lundi 11 mai 2015

Éducation démoniaque

En cours de frappe
Genre : Fiction


Cette histoire est une fiction tout droit
sortie de mon diabolique cerveau.
Je fais donc remarquer que certains gestes
ainsi que les recettes culinaires
ne sont absolument pas adaptés au monde réel.



Hé, hé ! Si cet avertissement vous a donné des frissons, nul doute qu’il faut que vous arrêtiez là cet article. Comme vous l’avez deviné, quoiqu’un certain humour reste de mise dans ce texte, je n’y fais pas dans la dentelle.

J’ai tenu à garder plusieurs noms de personnages mythiques. Cependant ceux-là sont remaniés à la sauce D.G. Aussi, pour les lecteurs ayant une certaine connaissance des protagonistes en question, ne vous choquez pas de la liberté que j’ai prise et prendrais durant la frappe de ce manuscrit.



Il n’est pas trop tard ! 
Stoppez votre avancée ici, avant la lecture des premiers chapitres de cette fiction.

(Ce texte est le jet primaire aucunement corrigé)

Prologue



- Je veux être comme tonton Gabriel. 
L’être soupire. Pourquoi doit-il écouter de telles sornettes ? Tout simplement, parce qu’il est le suprême. Comment en est-il arrivé là ? Eh bien, c’est une longue histoire. Il a fait l’effort de me la conter, comme d’autres protagonistes y jouant un rôle important, afin que j’en écrive les grandes lignes. Pour rester impartiale, j’ai décidé de prendre de mon temps pour écouter tout ce petit monde. Et puisque vous lisez cette page, c’est que vous êtes également intéressé à connaître l’évolution de cette fameuse éducation démoniaque. Voici donc ce qu’il en ressort.  
Tout commence alors que...




Leçon de vies



    - Oh ! Il est nouveau celui-là ! Mais ça ne va pas être commode à le goûter. Alors attend, voyons... Si je me retourne comme ça et que...
    Il recherche, comme tout futur scientifique, la meilleure position pour partir à la découverte de cet appendice ayant atteint sa maturité en contrebas. Après tout, ce n’est pas parce qu’il a commencé sa vie en tant que têtard qu’il lui est interdit de faire des projets, non ? Et c’est pourquoi, l’ex-vermisseau a décidé que, quand il serait en âge, il deviendrait biologiste. Puis c’est le métier d’un certain papa dont un doux écho ne fait que lui rabâcher les louanges. Aussi, pour ne pas perdre de temps, le débutant a commencé son apprentissage tout seul, et, au fil des mois, il en a décrété que cette activité était assez intéressante. Ses explorations l’ont amené à se spécialiser dans le dépistage de trucs complètement saugrenus poussant juste au-dessous de sa tête, sur et dans une petite chose ovoïde susnommée un tronc. Le jeune érudit y a surveillé le développement de plusieurs autres asticots prenant des formes plus ou moins allongés, et se battant pour, au final, se positionner avec félicité, sous cette peau se colorant au point d’en obstruer la vue. Bien sûr, au cours de ce processus mouvementé, le fameux tronc a subi des déformations se déployant vers l’extérieur. Muni de ces nouvelles branches, il en apprend le sens du toucher. Le juvénile savant ne se gêne aucunement à s’en servir, pour tâtonner et ramener le plus d’objets possible dans un extraordinaire trou baptisé bouche.
    - Bof ! Pas génial. Trop mou. Et à quoi ça va servir, hum ?
    Quelque temps plus tard, ces travaux de plusieurs mensualités cessent brusquement. Plus rien de nouveau nécessitant un examen approfondi, l’expert décide de prendre quelques vacances bien méritées. Aussi, il s’installe tranquillement, flottant au gré des ondulations du doux fluide de son habitacle aux proportions adéquates, quand...
    - Aah !
    Un cataclysme s’abat sur son monde. C’est comme une force puissante se déchaînant furieusement. Bousculé en tous sens, sans rien pouvoir y faire, le petit corps est envoyé violemment contre les parois moelleuses. Au même moment, un écho familier lui parvient.
    - Oh, mon Dieu !
    Seulement, ce n’est pas l’instant idéal pour présenter, à l’infortuné, un nouveau biologiste de papa. En effet, la limite de son univers vient de se fissurer, et l’onctueux liquide, le composant, s’y échappe lentement mais sûrement. Voulant sauver sa propriété, l’irréductible tente d’endiguer la fuite en plaçant stratégiquement l’un de ses plus gros petons dans la fente. L’orteil s’y infiltre avec succès. Le tremblement cesse au même instant. Ayant ainsi survécu à un séisme d’une envergure hors du commun, le rescapé prend le temps d’analyser les désarrois occasionnés à son sécurisant habitacle. Le peu de substance s’étant écoulé ne semble pas inquiétant pour sa vie future. Même son corps, quoique nauséeux, semble entier. Il en soupire de soulagement. Enfin, une colère le prend.
    - Qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? Qui ose me déranger durant mes jours de repos ?... Dis donc, tu m’écoutes l’écho ?
    Mais son habituel interlocuteur ne répond plus. De toute façon, l’irascible ne pourrait se concentrer sur les explications, un souci supplémentaire s’étant déclaré et demandant toute attention. La fissure colmatée avec succès, quelques secondes auparavant, s’élargit à vue d’œil jusqu’à... La paroi se brise. Son cher fluide vital déferle illico hors de l’antre. Ne pouvant combattre une telle vague, le petit être est emporté dans la tourmente et se retrouve, du coup, à moitié coincé dans un tunnel étroit. Étonnamment, il constate qu’il peut y survivre. Bien sûr, le lieu étant plutôt exigu, il doit se positionner plus confortablement. Toutefois, il préfère, un premier temps, s’occuper de ce fichu courant d’air arrivant de cette...
    - Fermez la porte !
    Étrangement, rien n’est fait en conséquence. Mais que se passe-t-il ? Pourquoi l’écho ne prend en compte ses désirs ? Est-ce qu’il a aussi subi des désagréments durant ce cahot, lui aussi ? Est-il encore...
    - Aïeuh !
    Sans aucune honte, on vient de frapper son postérieur.
    - Hé !
    Là, c’est son pied. Incontestablement, on cherche à le déloger. Conclusion : tout ceci n’est pas dû à un problème climatique. Apparemment, les méchants, comme dans les histoires qu’on lui lit chaque jour, existent réellement. L’un d’eux a réussi à le chasser de son antre de toujours. Et maintenant qu’il vient de se fixer à un autre endroit...
    - C’est le comble !
    Mais puisque le nouvel émigré est très bien ici, autant en alerter ces intrigants.
    - Attention ! Ne poussez pas le bébé dans les orties, ou ça va chauffer.
    Malgré son indulgent avertissement, on le martèle, le harcèle de coups, pour le faire avancer, petit-à-petit, vers une lumière, un orifice devenant de plus en plus difficile à évaser.
    - Vous jouez à un jeu dangereux, là.
    De plus, pour couronner le tout, la fraîcheur du vent devient glaciale.
    - Ben heureusement que j’ai mis un foulard, ou ça serait le rhume assuré.
    - Arrêtez tout !
    Ah ! Enfin un écho compréhensif. Une ombre gigantesque vient obstruer l’ouverture.
    - Eh bien voilà ! Il va faire beaucoup plus chaud maintenant... Hein ? Que...
    De gros appendices suspects viennent de tirer vivement sur sa magnifique écharpe, enroulée autour de son cou.
    - Au voleur ! Hareuuh !
    C’est épouvantable ! Non seulement, aujourd’hui, cette victime du monde cruel a dû faire en sorte de subsister à un déménagement forcé, mais un spécimen inconnu tente de l’éjecter encore plus loin, tout en le détroussant de tous ses biens. C’est assuré. On vient de lui faire une déclaration de guerre en bonne et due forme.  Il faut se résoudre à se battre corps et âme contre cette obscure et énorme chose s’étant emparée de ce qui ne lui appartient pas. Lorsque l’envahisseur se trouve à porter de sa bouche, le survivant, aux membres un peu coincés, menace.
    - Ne touche pas à ça toi, ou tu en pâtiras.
    Le pilleur recule à l’ultimatum. Le jeune guerrier sort, ainsi, victorieux de cette première bataille. L’affrontement a été à deux doigts d’être sanguinaire. Sûr que l’érudit combattant aurait montré ses gencives si l’adversaire avait insisté.
    Tout danger étant provisoirement écarté, il faut, dorénavant, trouver une solution pour se dégager de cette galerie. L’invétéré défenseur aura ainsi une certaine liberté afin d’user du poing au prochain assaut. Ce dernier, du reste, est en préparation. L’écho menaçant se fait entendre très clairement à présent.
    - Il faut l’expulser au plus vite. Ça a trop duré.
    - Expulser ? Là, tu rêves. J’ai dit que je ne voulais pas, et personne ne m’obligera à partir, na !
    - Poussez !
    - Héé !... Haarg !
    Sans comprendre comment, le petit corps se retrouve directement entre les mains ennemies. Simultanément, une lumière l’éblouit, le rendant aveugle. Le froid lui congèle le sang se figeant en une demi-seconde. La tiédeur d’une fine lame glisse vers l’une de ses carotides. Il n’arrive plus à bouger. Il est comme inerte, mort. On l’a presque tué ! Ses assassins en profitent pour le dépouiller de son unique habit, sa fameuse écharpe tombant, à cette seconde, de son cou.
    - Sauvez-le, docteur ! Sauvez...
    Le pauvre agonisant a juste pu entendre, une dernière fois, cet écho si familier, avant de se retrouver à flotter au-travers d’un univers calme et serein. Enfin, calme... Une voix grave vient de grogner. Que se passe-t-il, encore ?
    - Pars ! Tu n’es pas le bienvenu.
    - Pas le bien... Vous commencez vraiment à me les courir, tous ! Je n’ai pas demandé à venir par ici, moi. On m’y a exilé de force.
    - Vade retro, malsain !
    À ces mots, un ouragan l’envoie valdinguer dans le vide. Décidément, si dame nature s’en mêle vraiment cette fois...
    C’est ainsi que, un premier de l’an, à sa première naissance, la vie du rejeté s’apprête à basculer.    




----


           
    - Je vais être malade.
    Le jeune corps tourbillonne, encore, un long moment avant de stagner. La tête lui tourne. L’estomac de même. Il reste donc tranquille quelques minutes afin d’apaiser ces mouvements sinueux. Puis, il décide d’évaluer les dégâts.
    - Alors voyons. Cinq doigts ici et cinq doigts par là. Ils sont toujours accrochés à mes mains liées à mes bras. Rien perdu de ce côté. Mes petits orteils ?
    Ces derniers répondent à son ordre de bouger.
    - R.A.S.
    Il peut sentir son cœur battre vivement contre son sternum. Il n’y a, apparemment, aucun membre manquant à l’intérieur. Par contre, une cicatrice légèrement arrondie, à son ventre, est le seul vestige lui restant de sa chère écharpe. Ces pickpockets ont coupé ce qui dépassait.
    - Aah ! Ils n’auraient pas osé ?
    Quelques mois auparavant, le futur savant a pu étudier un nouveau membre, tout en mollesse, poussant en contrebas. Si les maraudeurs en avaient après tout ce qui lui appartenait et qui pendouillait, sûr qu’ils lui ont... Couic ! Rien qu’à cette pensée, son malaise repart de plus belle. Il faut un moment au désespéré pour l’endiguer, rassembler ses forces et se décider à lorgner son entrejambe.
    - Sauvé !
    Le soulagement de voir son appendice en entier, sans aucune commotion, ne dure pas. Une atroce douleur irradie son être. C’est comme si on l’écartelait, qu’on le tirait de tout côté afin de l’allonger, l’agrandir. La souffrance en est intolérable. Le supplicié se met à crier. La voix sortant de sa gorge ? Le torturé ne la reconnaît. Elle est si roc, si... D’un coup, un trou noir l’aspire de plus en plus haut. Son ascension accélère. De par la vitesse, sa peau le brûle. Va-t-elle prendre feu ? Ces maux entremêlés lui font perdre connaissance. Lorsqu’il ouvre de nouveau les yeux, il a juste le temps d’entrevoir un ciel orange, voilé de jaune. Une silhouette, y volant au loin, semble arriver droit sur lui, tandis qu’il chute à vive allure. Puis... L’impact, dans son dos, lui coupe le souffle. Un amas de sable rouge s’élève autour de sa personne avant de retomber, l’ensevelissant. Enterré vivant. Ce ne peut ! Ce ne doit ! D’instinct, il se met à creuser de ses doigts. La terre remuée s’incruste par ses paupières qu’il tente de maintenir closes. Il ne peut hurler qu’on l’aide, ses lèvres devant rester hermétiques afin de ne rien avaler pouvant l’étouffer. Il ne peut, même, respirer. La panique le prend. Ses gestes de survie deviennent plus gourds. Ses mains s’acharnent pourtant, malgré leur lourdeur. Son cerveau s’embue. Ses oreilles bourdonnent.
    - Qu’est-ce qu’il fiche ?
    L’homme a atterri au bon endroit, pourtant. Il l’a bien vu tomber juste ici. D’ailleurs, la terre est fraîchement retournée. Alors, pourquoi, ce gamin, met-il tout ce temps pour... À moins que... Non ?! Il ne va pas lui faire le coup, après qu’il est dû voler des kilomètres durant ? La colère le prend. Il gronde.  
    - Il faut que vous sortiez au moins votre main de là, tout seul. Naissez ! Ou, comme tous ceux sous ces dunes, ce sable vous aspirera plus profond, chaque minute, et ce pour l’éternité.
    Écoutant la voix du ténor, usant de ses dernières onces de force, le presque moribond lance son poing au-travers sa tombe. Une poigne chaude s’en saisit, illico, et le tire.
    - Encore un effort ! Allez !
    Une brise tiède vient enfin caresser son désensablé visage.
    - Respirez !
    À l’ordre, sa bouche s’ouvre. Et à l’air s’y infiltrant, le survivant rugit d’une douleur incommensurable.
    Au loin, des cornes, des visages, s’élèvent à la clameur. Des nez hument le vent. Des acclamations fusent.
    - Hourra !
    - Il est là !
    - Ouais !
    L’être, au côté du nouveau-né évanoui, s’accroupit.
    - Vous voilà enfin dans votre royaume, ô maître.       




Flash info de l’auteur

À partir d’ici, les mots marqués en italique,
dans les dialogues,
et uniquement dans les dialogues,
signifieront le contraire.
Exemple : affreux veut dire magnifique.




Leçons de rôle, d’hygiène et d’anatomie



    - Mmh !
    Le scientifique a eu du mal à soulever ses paupières. Et maintenant, il ne veut quitter ce nid confortable où on l’a installé. Après tout, il vient de vivre les pires expériences de ses existences, et un peu de douceur n’est pas à repousser. D’ailleurs, ces événements ont dû le transformer, car il se sent étrange. En bon futur biologiste, le nouveau-né en conclut qu’il en a sûrement mûri. Des picotements parcourant son corps, il commence par remuer délicatement ses doigts. L’engourdissement s’atténue. Le jeune savant ferme et ouvre, alors, ses mains afin de faire définitivement disparaître cette sensation à ces extrémités. Sensation qui, petit à petit, s’estompe aussi le long de ses membres. Il élève son bras au-dessus de lui.
    - Par les cornes de l’enfer !
    Le timbre de sa voix le surprend autant que sa découverte. Pour être certain de ce qu’il est advenu, l’érudit descend son regard vers ses pieds. Il fait bouger ses petons, sous la fine voilure le recouvrant. Ils sont à une distance plus longue qu’à l’accoutumée. À cette conclusion, l’être soulève, d’un coup, le tissu cachant son anatomie.
    - Eh ben voilà !
    C’est ce qu’il craignait. Il vient de passer du stade de bébé dodu en un superbe athlète adulte, et ce en omettant la phase adolescent boutonneux. Il en grommelle de protestations. Afin de dévier ses pensées de cet affligeant constat, ses yeux s’ancrent au plafond. Une magnifique fresque y est dessinée. Les couleurs, d’aspect craquelé, donnent du charme à ces créatures fabulistes partageant avec des vivants leurs rires, leurs danses, leurs chants, leurs victuailles...
    - Ô maître ?
    - Cette peinture est affreuse.
    Le nouvel homme et critique d’art se décide, alors, à faire bouger sa toute aussi superbe musculature et s’assoit au bord du matelas, tandis que son interlocuteur observe son mouvement.
    - Êtes-vous mal remis de votre naissance, ô maître ?
    Le soi-disant maître soupire à la question.
    - Moyennement.
    Enfin, celui-ci dirige son regard sur le sieur se tenant debout à deux pas de lui. Cet air austère ne dit rien qui vaille, mais il n’a que ça sous la main pour le renseigner.
    - C’est quoi ton nom ?
    - Morteméducator, ô maître.
    Et allez ! C’est quoi cette marque de fabrique à rallonge ? Comment, après tout ce qu’il vient de supporter, peut-on obliger son cerveau à retenir une telle nomination ? Et les surnoms, ils ne les connaissent pas, ici ?
    - Il vaut mieux t’appeler Mort.
    Ça commence. Pourquoi a-t-il fallu que cette tâche lui soit incombée ? Combien de temps va-t-il pouvoir supporter les caprices de ce rejeton avant de le trucider ? Pour l’instant, le tout frais Mort prend sur lui et remercie poliment le chérubin d’avoir estropié son nom.
    - Soit, ô maître.
    Tiens ? En étant devenu grand, le bambin en question a dû être affublé d’une propriété quelconque. Ce manche à balai, aussi droit qu’un i, n’arrête de...
    - Pourquoi m’appelles-tu maître ?
    - Parce que vous êtes le roi des rois de ce monde. Le suprême.
    - Ah. Et qu’est-ce que ça fait un suprême ?
    - Il déteste ses sujets et les protège du bien.
    - Ah. Et c’est quoi ce bien ?
    - La damnation au Paradis, ô roi.
    Et qu’est-ce que c’est que ça, le Paradis ? Toutefois, l’indispensable protecteur laisse de côté, du moins pour l’instant, ses interrogations à ce sujet, ayant plus de souci à savoir si...
    - Décide-toi. Je m’appelle Suprême, Maître ou Roi ?
    - Rien de tout cela. Ce ne sont que des titres. Votre nom est Satanicorpus.
    Les présentations faites, Mort explique son rôle auprès de son jeune souverain. Il a été celui qui l’a aidé à renaître, et l’a transporté, par la suite, dans ces appartements luxueux. Il va être son guide dans ce monde. Ce royaume que le nouveau venu doit, par force de ses fameux titres, patronner : les Enfers. Tandis qu’il lui cause, l’austère gentleman, dont les bottes foncées claquent sur les dalles claires, passe d’une pièce à l’autre, disparaissant momentanément à la vue de son maître attendant, taille entourée du drap, la fin du récit s’éternisant. Même si son statut de futur biologiste doit tomber dans les oubliettes, Satanicorpus, commençant à s’ennuyer, décide de passer le temps en expertisant avec attention l’anatomie de son principal éducateur. Les yeux sont captivants. Leur couleur noire fait contraste avec la teinte ivoire des cheveux. Apparemment, il est de mise que les êtres vivants en ces lieux aient une morphologie bien faite. D’ailleurs, le spécimen, devant ses yeux, l’affiche sans impunité par le simple port d’une sorte de kilt gris foncé dévoilant, à chaque pas, des cuisses fermes à souhait. Enfin, les abdos...
    - Votre bain est prêt, ô suprême. Voici une serviette pour sécher votre derme.
    - Bain ? Qu’est-ce que c’est ?
    - Une fois que vous serez plongé dedans, vous en comprendrez son maléfice. Entrez dans cette salle.
    Comme à son habitude, et malgré le fait que son professeur lui soit subordonné, celui-ci finit toujours par lui donner un ordre. Cependant, le timbre de voix étant sans équivoque, Satanicorpus ne tient à aller contre cette volonté, craignant, vu son jeune âge, des représailles quelconques de son aîné. C’est ainsi qu’il obtempère à la demande et se retrouve face à une vaste étendue liquide dont la sombre opacité empêche de voir le fond du notoire bain de marbre.
    - C’est quoi ça ?
    Soupçonneux du bienfait de cette eau, l’érudit l’analyse d’un œil expert, un long moment. Puis, courageusement, il y plonge un peton retiré aussitôt. Mouillé. Son artifice est mouillé et dégouline. À son entrée dans l’antre, Mort lui a donné ce qu’il a appelé une serviette ayant comme fonction d’aider à l’essuyage de sa peau. Le suzerain dépose donc son souverain pouce dessus et attend. Au bout d’une minute interminable, il comprend qu’il doit exécuter, lui-même, l’acte en question.
    - Fatiguant.
    La voix de son guide résonne dans la chambre.
    - Je vous ai mis votre pantalon sur le lit, ô maître.
    - Mort ?
    - Oui, ô roi ?
    - J’ai rentré un peton, mais je ne vois toujours pas à quoi ça sert à part m’éreinter à me sécher ensuite.
    - C’est ce qu’on appelle l’hygiène. Votre corps doit être sale et sentir mauvais. De plus, la potion remplissant votre bain, vous donnera un répugnant derme.
    - Ah. C’est obligatoire ?
    - C’est vital.
    Vital ? Satanicorpus en doute. Scrutant le noir fluide, il s’accroupit, accoudé à un de ses genoux, tête posée dans sa main, et soupire.
    - Ça m’a l’air toujours ridiculement embêtant. Et si je m’y trempais juste les extrémités, hein ?
    Derrière la porte, Mort serre les poings. Sa première impression a été la bonne. Ce jeunot de roi démon va lui donner du fil à retordre. La colère le prend. Ses incisives s’allongent. Il tonne.
    - Sautez là-dedans, tout de suite, ou je vous y noie, ô suprême !
    Un plouf suit sa menace. L’autoritaire ramène, alors, ses canines à une taille normale et vaque à ses occupations le temps du bain de son maître.
    Ce dernier regarde, d’un air dégagé, couler et disparaître, dans les abysses de la baignoire, l’une des nombreuses statues décorant la salle.
    - Non mais, ce qu’il ne faut pas faire afin de satisfaire ses sujets. Quelle galère !                       




----



    - Qu’est-ce que tu as sur le front ?
    Depuis un moment déjà, cela turlupine Satanicorpus. Ne trouvant aucune fonction à ces appendices, il en a questionné Mort, marchant à ses côtés dans ce fichu couloir de cent mètres de long.
    - Des cornes.
    - Ah. Et c’est utile en quoi ?
    - En rien. C’est plutôt une marque.
    C’est assez étonnant que son sujet possède de telles choses alors que lui...
    - Et pourquoi je n’en ai pas, moi ?
    - Parce qu’on ne vous a pas laissé le temps de faire de mauvaises actions parmi les vivants, ô maître.
    - Ça c’est certain.
    Le fait de repenser aux événements de sa première existence le fait ronchonner.
    - Et toi ? Quelles mauvaises actions as-tu faites pour mériter ce privilège ?
    - Je me suis laissé emporter par la colère...
    - ... Et ?
    - J’ai expédié des vivants à l’hôpital.
    - Ah. Et c’est mal ?
    - Assez pour être rejeter du Paradis.
    Le Paradis. D’après son éducateur, c’est un royaume parallèle au sien, gouverné par un certain Dieu machin-chose, Père tout il ne sait plus quoi. Bref. Encore un nom à rallonge.
    - Bah ! Ça, ce n’est pas la fin du monde. Après tout, si tu serais là-bas, tu n’aurais pas eu le privilège de me connaître.
    Mort lorgne son roi d’un regard colérique. Il en est certain, cette fois. Cet énergumène va réussir à le rendre dingue pour l’éternité. Déjà, lorsqu’il est sorti de la salle de bains et lui a ordonné de tailler cette magnifique chevelure rouge descendant jusqu’à la taille, il a dû se retenir de ne pas lui couper la tête, par la même occasion. En effet, à son refus instantané, le nouveau suprême a cisaillé de lui-même ses cheveux. Du coup, il a été obligé d’arranger le massacre. Et, maintenant, la splendide tignasse de feu arbore qu’un dégradé jusqu’aux épaules. À cette vue, l’homme souffle. Non, ça ne va pas être une sinécure de s’occuper de l’éducation de ce démon.
    - Et, dis-moi ? Il n’y a que là qu’il t’en est poussé, une corne ?
    - Oui.
    - Ah.
    Les yeux du professeur s’étrécissent. Ce ah est toujours le préambule d’un questionnaire s’éternisant ou d’un dire plus que douteux.
    - Alors, j’en ai une.
    - Une quoi ?
    - Une corne.
    - Une ?
    - Oui.
    - Impossible.
    - Jaloux.
    Mort grogne. Cependant, inspirant et expirant profondément, l’éducateur peut contenir son envie soudaine d’extermination. Et, d’une voix plus que patiente :
    - Puis-je savoir où se dresse cet appendice ?
    Le souverain désigne, fièrement, le lieu d’un doigt pointé vers son entrecuisse, tout en confirmant :
    - Ici.
    - Damnation !
    L’enseignant n’en revient pas. Faut-il vraiment tout apprendre à ce bambin continuant à déblatérer des absurdités ?
    - Ah ! Tu vois ? J’avais raison. Elle est encore molle, mais durcira sûrement à un moment ou un autre, à ne pas douter. Alors ? Qu’est-ce que j’ai fait pour hériter de cette marque distinctive ?
    - Vous êtes né mâle et, malheureusement pour votre survie, réincarné en notre roi.
    Les dents de l’homme en grincent de retenue.                        




Leçons de restauration et de vol



    - Je m’ennuie. Assieds-toi, Mort. Mangeons ensemble.
    Le visage de ce dernier reste impassible à la requête. Les règles sont les règles. 
    - Non. Aucun de vos sujets ne peut s’installer à cette table.
    Ce que ce prof est rigide. Le souverain en inspire et expire bruyamment. Il n’arrive à comprendre que cet être ne puisse se détendre davantage. Ce n’est pas lui, pourtant, qui se retrouve avec un royaume, à protéger et gouverner, sur les bras dès sa naissance. Ce n’est pas, non plus, lui qui n’a aucune marque distincte prouvant son appartenance aux Enfers alors qu’il en est le suprême. Et puis, du bout de la fameuse table, si un individu essaye de voir Satanicorpus à l’autre extrémité, il n’en distinguerait qu’une silhouette. À l’instar des couloirs, les pièces et les meubles de ce domaine sont surdimensionnés. Le jeune homme, ayant l’habitude d’un habitacle plus réduit, s’en est d’abord émerveillé. Mais, à quoi sert ce grandissime si personne d’autre que lui ne peut s’en servir ?
    - Tu trouves qu’il n’y a pas assez de place pour les recevoir ?
    - Vous ne pouvez pas vous rabaisser ainsi, ô roi.
    - Je ne compte pas leur faire la révérence.
    Mort serre les dents. C’est le seul moyen qu’il ait trouvé pour se contenir, sans que son humeur du moment puisse être distinguée, face à la répartie de ce... cet...
    - Tu sais que quand tu souris ainsi, tu as deux canines pointues qui s’allongent ?
    C’est pour mieux croquer les jeunes démons de son espèce. C’est ce que le précepteur pense et a envie de crier. Toutefois...
    - Je n’avais pas l’intention de vous faire peur, ô maître.
    Après tout, il est trop tard pour se débarrasser de cette tare. Mort a été le seul à ressentir l’arrivée du suprême. Il a donc été désigné d’office pour son éducation démoniaque. S’il n’avait vraiment voulu de ce rôle, il lui aurait été facile de se désister en ignorant cette perception. Ainsi, le pernicieux ne serait pas né, et lui n’aurait pas eu à user de ses neurones pour répondre à ce questionnaire ambulant.
    - Peur ? Qu’est-ce que c’est que ça encore ? Puis, je m’en fiche ! En fait, je veux juste savoir pourquoi, moi, je n’ai pas d’incisives si longues et pointues.
    - Vous êtes trop jeune. Elles feront une poussée à votre majorité.
    - Et je pourrai les faire apparaître et disparaître comme les tiennes ?
    - Oui.
    - Ah.
    Satanicorpus souffle. Décidément, toutes les bonnes choses doivent attendre, tel ce repas se faisant espérer.
    - J’ai la dalle.
    - Cela prend plus de temps aujourd’hui, car le cuisinier a eu du mal à découper la viande.
    Le nouveau-né, dont l’estomac gigote depuis sa sortie du bain, s’irrite, aussitôt, du manque de professionnalisme de son personnel.
    - Qu’est-ce que c’est que ce cuistot ne sachant tenir un hachoir ?
    Satanicorpus est presque certain qu’il n’y a que sa demeure possédant un chef aussi bas de toque.
    - Le problème est survenu de la nourriture, elle-même, ô suprême.
    - Ah ?
    L’un des serveurs a averti Mort des ennuis en cuisine, dès leur entrée dans la pièce.
    - Oui. Elle n’arrêtait de bouger pendant que le marmiton la débitait en morceaux.
    - Alors, si les bestioles s’en mêlent aussi... J’espère que ça ne va pas en gâcher le goût.
    - Oh, ne vous inquiétez pas, ô maître ! La viande a dû baigner dans son sang toute la matinée avant de s’en vider assez pour que le chef puisse continuer à la trancher tranquillement de son vivant. Elle en sera assurément dure à souhait. 
    Puisque la terminaison de ce rituel semble appétissante, le fait de patienter, Satanicorpus l’accepte. Cependant, histoire de passer ces quelques minutes de plus à jeun...
    - Et qu’y a-t-il d’autre à manger ?
    - De la volaille.
    - C’est si long à faire ça ?
    - En premier lieu, il faut prendre soin de mal les caler afin de les plumer à son aise. Leurs cris sont assourdissants, mais on s’y habitue vite.
    Le visage sombre du professeur reste flegmatique en donnant cette leçon, sur les spécialités culinaires du royaume, à son élève écarquillant les yeux à chaque étape de la préparation.
    - Pour ce déjeuner, elles ont été préparées à la cocotte. Leurs chairs se sont mises à crépiter au même moment que ces volatiles arrêtaient de tenter de fuir du faitout. Agrémentés des légumes, tout frais sortis d’une corne d’abondance, ils n’en seront que plus horribles.
    - C’est malin de me raconter tout ça.
    Un bruit explicite arrive du ventre de l’intéressé.
    - Maintenant, j’en suis encore plus affamé.
    Miraculeusement, la porte s’ouvre à cet instant, et le premier plat recouvert est posé devant le souverain. Ne tenant plus, celui-ci soulève et replace illico la cloche en sa position initiale. Rien ne transparaît du visage royal. Une voix placide intime juste :
    - Faites venir le cuistot.
    Ce dernier, comme tout habitant des Enfers, est bien proportionné. Les bases de ses cornes, trois fois plus imposantes que celles de Mort, masquent pratiquement tout le front. Le tablier, recouvrant le sublime corps, étale la preuve du terrible combat ayant été livré au milieu des fourneaux. Le vainqueur y arbore le rouge sang de ses victimes.
    - Ô roi ?
    Le bout de viande est exposé, sur le champ, à ces yeux saphir.
    - Qu’est-ce que c’est que ça ?
    La colère du maître-coq s’affiche sur son faciès dégoulinant de sueur. D’extraordinaires incisives s’allongent jusqu’au menton. 
    - C’est cette fichue chèvre qui s’est enfuie en ne laissant qu’un gigot.
    Pour mieux montrer son mécontentement, Satanicorpus soulève le morceau de chair, feignant chercher...
    - Et il se cache où, ce... gigot ?
    C’est alors que Mort vient à la rescousse du marmiton serrant les poings à en faire ressortir chaque veine et muscle composant ses bras.
    - Il arrive parfois que la viande réduise à la cuisson, ô maître.
    Le suprême lorgne de côté son éducateur, d’un air dubitatif. Le silence perdure avant qu’il ne le rompt.
    - Soit... Espérons cependant que la volaille ne décide pas de me mettre à la diète, également, en n’ayant laissé qu’une plume qui deviendrait un duvet à force de mijoter.
    Sur ce, la mini cuisse est engouffrée en une fois et croquée en deux mouvements de mâchoires.




----



    - Par les cornes de... Peuh !
    Une heure a passé depuis le soi-disant repas gastronomique. L’insatisfait passe les portes d’une nouvelle pièce, en traînant les pieds. En fin de compte, tous les mets avaient rétrécis. Jusqu’au petit gâteau n’ayant pas daigné monter malgré la levure incorporée dans la pâte. Et l’homme avait toujours faim.
    - Voici notre pire instructeur de vol.
    Cette nouvelle information ayant éradiqué toutes pensées sur son expérience précédente...
    - Vol ? Larcin ?
    Depuis quand lui, le roi des rois, était destiné à devenir un cambrioleur ? On n’allait tout de même pas lui annoncer que son royaume était le plus pauvre qu’il soit ?
    - Il y a erreur, ô roi. Je suis l’un de vos princes. Je me nomme Belzebuth. Pour cette leçon, nous allons commencer par ouvrir vos ailes et vous faire faire votre premier envol. Votre baptême de l’air.
    - Mes ailes ? Quelles ailes ? Depuis quand j’ai des ailes ?
    Mort se penche, prestement, à l’oreille de son comparse. Après tout, il faut le mettre au courant. Un homme averti en vaut deux.
    - C’est un interrogateur né. C’en est assommant.
    - Il est encore jeune. Je comprends.
    Le vieux de la vieille, en ayant connu des vertes et des pas mûres, décide donc d’user de constance.
    - Je répondrai à toutes vos questions, ô maître.
    - Où sont mes ailes ?
    - Leurs ouvertures sont dans votre dos.
    - Ces deux coupures ?
    - Oui, ô roi.
    - Ah. Ce n’étaient donc pas des trous d’aération ?
    La surprise est telle que le prince en balbutie.
    - A... Aération ?
    Quant à Mort, il soupire face à l’inassouvie imagination de son élève, avant de prendre congé. Il va enfin avoir un moment de répit. Il pourra en profiter pour se plonger dans la lecture d’une romance humaine, installé confortablement sur un fauteuil mis à sa disposition dans le corridor. Hélas, à peine quinze minutes sont passées lorsque Belzebuth sort à son tour. Bras ballants, corps avachi, traits tirés et peau d’une blancheur cadavérique, le prince se poste à quelques pas de son compère.
    - Alors ? Comment cela se passe ?
    - Ce quart d’heure avec lui était déjà... mortel.
    Le supplicié tombe, instantanément, inerte au sol. La voix de son bourreau retentit à la seconde suivante.
    - Hé ? Belz... Ben, qu’est-ce qu’il a ?
    Satanicorpus stoppe au plus près du défaillant. Du bout du pied, il remue l’inconscient.
    - Hé ? Ce n’est pas le moment de faire une sieste.
    Mort, s’étant redressé à la chute, tente d’expliquer que...
    - Je crois qu’il s’est évanoui d’épuisement, ô maître.
    - Et ça se dit démon ? Réveille-toi et finis ta leçon. Fainéant !
    À ces mots, le pied effectue un tir au but lançant le corps inanimé contre le mur. À la projection, la pierre blanche est éclaboussée de rouge.
    Mort soupire. Sa pause a été de courte durée.
    - Si vous pouviez éviter de tuer vos gens, ô suprême.
    - C’est que je les pensais plus robustes.
    - Votre force n’a pas d’égale en ce royaume.
    - Bon, ben, j’essaierai de me contenir. Mais c’est embêtant. Il n’avait pas fini de m’instruire. Quand est-ce qu’il va renaître ?
    - Personne ne le sait par avance. Pour vous, l’attente a été de plus de quatre cents de nos années.
    - Eh ben ! Vous avez dû vous ennuyez sans moi, tout ce temps.
    Ennuyé n’est pas le mot qu’aurait utilisé le lecteur devant, à présent, laisser de côté son roman pour...
    - Rentrez dans cette pièce. Je vais devoir finir la leçon de cet après-midi.




----



    - Tenez-vous plus perpendiculaire au sol... Attention à ralentir, mal sang ! Ça fait cent fois que je vous le dis, ô roi.
    - Par les cornes de l’enfer ! Mon levier de vitesse interne est cassé. Je peux pas rétrograder.
    En effet, son élève pilote effectue un rase-motte aussi rapide que l’éclair. Bien entendu, Mort doit s’affaler tout aussi diligemment au sol, afin d’éviter d’être couper en deux par cet aviateur de pacotille poursuivant sa course folle droit devant, face au mur. À ce moment, une profane pensée vient flasher dans son esprit démoniaque. Il en murmure une courte prière en se redressant.
    - Continue dans cette direction, vers un splash de commémoration. Que je crie enfin libération, à cette insatiable obligation.
    Insatiable ? Ce gamin l’est. Il veut tellement tout savoir sur tout qu’il vous en fatigue de questions. Seulement, a-t-on déjà vu un roi des rois aussi intéressé d’en connaître autant sur tout ? Les royaux prédécesseurs étaient plus captivés par la soudaine puissance leur incombant qu’au reste. Son Satanicorpus, lui, a eu un sourire machiavélique excité de bonheur à la simple réussite du déploiement de ses ailes. À ce souvenir, le corps de Mort réagit de lui-même et bondit. Dans l’élan, les larges et puissantes mains attrapent les souveraines chevilles. L’homme se retourne tout en les ramenant à lui alors que son propre pied se lance et se plaque contre l’impérieux torse afin de renverser, dos au sol, son ardent élève. L’impact qui s’en suit, est si violent qu’il en brise les dalles du parterre.
    - Tu m’as sauvé, Mort.
    - Un mauvais réflexe, ô maître.
    Non mais, qu’est-ce qu’il a encore fait ? Pourquoi son secouriste lui en veut autant ?
    - Soit. Lâche mes jambes et retire-toi de dessus moi, que je puisse me relever.
    Le surplombant effectue l’ordre sans broncher. Un changement s’est produit en lui. Une chose lui ayant semblé impossible jusqu’à présent. Sa fonction d’éducateur ? De problématique elle est devenue d’une importance capitale et décisive.
    - Et hop là ! 
    - Mais qu’est-ce que... C’est incroyable !
    Incroyable ? Bien sûr que Satanicorpus l’est. C’est inné chez lui. Seulement...
    - Ah. Quoi ?
    - Vos ailes !
    - Quoi mes ailes ?
    - Vous les avez rentrées tout seul, au bout de cent vingt minutes, ô roi.
    Le souverain fait une moue. Dire qu’il tente, depuis des heures, de dégripper cette figure austère et qu’il suffit de ce simple geste tombant sous le sens pour entrevoir de l’admiration s’y afficher. Ça en est décevant. 
    - Je ne vais pas me trimballer avec ces trucs ouverts vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Même si ça me rend encore plus affreux que je ne suis.
    - Mais, normalement, il faut compter au moins une semaine avant de pouvoir comprendre comment les faire disparaître.
    - Une semaine ?! Est-ce que mes sujets sont définitivement idiots ?
    Mort arque un sourcil. Ce gamin est surdoué. Aussi, l’homme va prendre son courage à deux mains et s’habituer à ce fichu caractère lui ayant été octroyé à la naissance.
    - Disons qu’il faut toute la patience de Belzebuth pour en éduquer les fondements.
    Satanicorpus en est maintenant persuadé, les individus, dont il doit protéger l’existence, ont un...
    - Intellectuel de zéro pointé.
    Il en soupire.
    - Rassure-moi, Mort. Il t’a fallu combien de temps, toi ?
    - Une journée entière.
    À cette nouvelle, le roi décide que son prof principal mérite qu’il fasse l’effort de l’estimer plus que les autres.
    - Tu resteras donc mon conseiller à vie.
   Conseiller à vie ? L’attitré en souffle. Voilà ce que c’est que d’être trop bon. On se voit instantanément enchaîné à un être maléfique pour l’éternité.

 Vous pouvez laisser un commentaire ici.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Rappel : tous propos non modérés seront éliminés de ce blog. Merci de votre compréhension.