Traduction

vendredi 12 juin 2015

Extrait de Références manga

1988, en France



            - C’est si triste. Toutes mes condoléances.
            La main lâcha immédiatement la sienne avant que celle-ci soit saisie par une autre et que des commentaires tout aussi superflus jaillissent d’un nouveau faciès austère.
            - Courage, mon garçon.
            Patrick en avait marre de ce défilé de têtes inconnues. Qui étaient ces gens ? Jamais il ne les avait rencontrés ces dix-huit dernières années de sa vie. Ces dix-huit années passées avec sa seule famille sur terre.
            - Est-ce que ça va ? C’est malheureux ce qui est arrivé à vos pauvres parents. J’espère qu’ils n’ont pas souffert ?
            Là, c’était le pompon !
            - Qu’est-c’que j’en sais ? J’étais pas avec eux lors de l’accident et encore moins au moment où la voiture a pris feu. Les flammes m’ont pas cramé au point d’devenir momie, comme eux, moi. C’est c’que vous vouliez savoir ?
            La figure méconnue, en face de Fine, pâlit. D’un coup, le bras du jeune homme fut saisi et on l’emmena loin de ce cirque, au milieu des allées de tombes. Quand enfin la foule ne ressembla plus qu’à une masse noire, Marquis stoppa leur marche rapide. Ici, Patrick explosa de colère.
            - Mais qu’est-c’qu’ils croient faire ? J’viens pour mettre mes parents dans un trou, et, eux, ils viennent prendre des renseign’ments pour étoffer leurs futurs commérages. C’sont qui ces pervers du malheur ? Et pourquoi c’est moi qu’t’as fait dégager d’ là-bas ? J’ai plus d’droits qu’eux d’y être !
            Son meilleur ami ne cilla aucunement à ses blâmes. La figure métissée continua à rester fermée à ses reproches. Patrick réalisa alors que dix-huit ans de bonheur et de sécurité venaient de finir. Tout avait cessé dès que les corps calcinés avaient été identifiés comme étant ses parents. Aujourd’hui, il était seul. Seul et perdu. Aux yeux de la loi française, il était majeur. Aux yeux de la société, il devait pouvoir continuer sans aide aucune. Il est vrai qu’il héritait d’une certaine fortune, mais, il n’avait nulle expérience du monde des adultes. Le jeune homme, tout juste sorti de l’adolescence, venait d’être projeté dans cet univers impitoyable auquel il devait faire front. Pourtant, à cette seconde, il souhaitait juste pouvoir se tapir dans un coin, un angle le protégeant de cette réalité.
            - J’peux pas !... Maximilien, j’pourrai pas survivre !
            - Tu le feras.
            - Comment ? Comment ? Dis-moi comment ?
            La peur envahissait tout son être. C’était la première fois que Fine ressentait de la frayeur.
            - Allez ! Relève la tête ! Et dis-toi bien que tu n’es pas seul. Tu peux croire en mon amitié, Pat.
            Marquis s’était avancé à quelques centimètres de son ami, tremblant de désespoir. Celui-ci, il ne l’avait pas vu, ces jours derniers, verser une larme. Pourtant, il avait été là quand son propre père, l’associé des Fine, était venu l’avertir de leurs décès. Il avait été là, lorsque son ami était allé voir leurs dépouilles noir-charbon. Il était à ses côtés pour choisir le lieu de leur sépulture, leurs lits de défunts, leur cérémonie d’adieu. Il s’était tenu auprès de lui durant cette dernière, mais pas une fois, il n’avait vu son presque frère montrer de la tristesse. Rien, jusqu’à cet instant. Et c’est pour cela qu’il enserrait cet être, maintenant, aussi fortement que possible, tandis que les flots salés se déversaient enfin sur son épaule et qu’un cri de douleur s’étouffait dans le tissu de son costard.
            De son côté, Marquis lorgnait les deux silhouettes au loin. Il avait attendu, comme son fils, que Patrick réalise enfin tout ce qu’il venait de perdre. Et, il en respirait presque mieux de voir ces corps enlacés.
            - Vous savez, il serait bon qu’on ne lui laisse pas l’argent de ses parents, sans une tutelle.
            L’homme détourna son regard sur celui ayant lâché ces mots. Les mâchoires serrées, il contint son envie d’insulter ce parasite cherchant une opportunité afin de se saisir du pécule légué. La petite paume de sa femme, enserrant la sienne, finit par lui rendre son calme.
            - N’ayez crainte. Les Fine m’avaient désigné pour gérer cela, dans ces circonstances.
            - Vraiment ?!... Mais si vous avez besoin...
            - Fine et moi n’avons jamais vu l’utilité de vos services en montant et développant nos entreprises. Avec Patrick, nous continuerons donc comme il a toujours été fait. Merci de votre venue.
            Un froid s’abattit sur l’assemblée, composée d’hommes et femmes tout aussi hypocrites les uns que les autres. Les vautours se dispersèrent illico. La file des condoléancés financiers avait soudainement disparu.
            - Pat a été bien élevé. Il s’en sortira, avec notre soutien.
            Marquis sourit à son épouse, ayant prédit cet avenir heureux de son accent japonais.
            - Tu as raison.
            Le couple attendit, là, les deux amis revenant plus sereins. Puis, ils assistèrent ainsi, en petit comité respectueux, à la fin de la mise en terre des êtres aimés. 

 Japon, 1989


            Deux ans étaient passés depuis son entrée dans le domaine du sexe libre. Rai était devenu un hôte expérimenté. Le nombre de clients et clientes, le demandant, augmentait au fil des semaines. Sasaki avait ainsi commencé à faire des économies. Depuis qu’il avait quitté brusquement Akio, son propre rêve d’avenir lui était revenu, et il voulait le mettre en œuvre. Cependant, cela ne pouvait se réaliser sans un financement colossal.
            Les adolescents aux frêles silhouettes étant le mets préféré des habitués, le jeune homme avait fait en sorte de ne pas prendre une musculature imposante comme certains de ses collègues, et se faisait un petit pactole grâce à cette fausse innocente et fragile jeunesse. Ce soir pourtant, fatigué des adhérents plus mûrs que lui, Sasaki avait accepté la demande pour la nuit d’un mâle de son âge, fêtant son anniversaire. Il avait espéré pouvoir satisfaire rapidement son homologue et converser, ensuite, avec lui. Cependant, le Nippon n’avait pas été doux et plutôt emparé par le sexe des heures durant. Le jeune hôte s’était donc laissé pilonner avec rudesse, avant de se retrouver allongé près du corps satisfait qui...
            - Excuse. J’étais énervé.
            Surpris, Rai avait gardé silence un instant. Puis...
            - Je suis là pour te satisfaire comme tu le souhaites.
            - Tu as mon âge non ?
            - J’ai l’âge que j’ai.
            - Mmm. Tu ne peux pas le dire ou ça risquerait de poser problème, hein ?
            Sasaki ferma les yeux pour toute réponse.
            - Je pense que tu n’avais pas le choix, pour t’être retrouvé là.
            - C’est mieux que la rue.
            - Mouais. Et tu comptes faire ça toute ta vie ?
            - J’économise pour ouvrir un orphelinat, plus tard.
            Son client se redressa subitement, fixant Rai d’un regard étrange. Pour pallier à sa gêne face à ces yeux scrutateurs, l’hôte continua son récit.
            - J’aurai atteint le taf vital dans quelques années.
            - Juste le temps nécessaire pour que tu aies l’âge adéquat afin qu’on accepte ton entrée dans le monde des adultes. Ensuite tu seras libre ! Libre de vivre ton rêve !
            La voix du jeune adhérent était étonnamment enthousiaste.
            - Merci.
            - Merci ? De quoi ? Comme je te l’ai dit, tu me payes pour te satisfaire, et...
            - Merci pour ce rêve.
            Sasaki n’eut pas le temps de chercher à comprendre ce qu’il y avait de caché derrière ces mots. Son client l’embrassa tendrement et commença, avec douceur, à le mettre en condition, pour, en définitive, lui faire tout oublier et connaître l’apothéose. Lorsqu’il se réveilla, au matin, Rai était seul. Enfin seul... Il y avait, tout de même, étendues à ses côtés, des liasses de billets. Une fortune. Et sur l’oreiller encore tiède, un papier écrit.
Ce don est pour notre rêve commun.
Réalise-le.
            Rai alla, tout de suite, en informer Rob. Celui-ci en sourit.
            - C’est tel un pourboire. Tu ne peux que l’accepter.
            - Mais...
            - Oh, pendant que je t’ai sous la main ! God a donné son feu vert pour la branche spéciale.
            La branche spéciale était exclusive aux étrangers, et c’était une vraie aubaine car...
            - Tu peux te faire un bon bénef avec eux.
            - Hum... D’accord, cependant...
            Rai laissant entrevoir une certaine gêne face à sa future demande, le patron l’incita à parler.
            - Oui ?
            - Je... Je veux me spécialiser dans le SM.
            - Eh bien toi alors !... Ok. Tu n’as plus qu’à te mettre à la musculation si tu veux jouer au maître. À moins que tu veuilles continuer à être celui qui se fasse...
            - Non ! Je veux dominer.
            - Bon. Après tout, ta taille est un atout pour cela. Mais continue comme d’habitude, le temps de renforcer ton corps. Il te faudra, par contre, acheter toi-même tes accessoires. Ça va te faire un trou dans ton épargne.
            - D’accord.
            - En attendant, God sera ton coach.
            - Mon coach ?!
            - Parce que tu croyais pouvoir utiliser ces engins de torture sur la clientèle, sans en connaître les effets ?


France, quelques mois plus tard
           


            Fin mai était le moment de l’année que Patrick aimait le plus. Les journées étaient chaudes mais pas à l’excès comme en été. L’air était donc respirable et l’étudiant de dix-neuf ans pouvait bouger sans crainte d’en tomber d’inanition, du moins... Maximilien, son meilleur ami, l’avait interpelé d’urgence, quelques minutes auparavant. Cet énergumène de Sato, un élève étranger du même dojo et quelques cours que lui, était en train de se prendre le bec avec les quatre jojos. Ces fameux acolytes étaient inséparables jusque dans leurs méfaits. Ils s’en prenaient toujours à des faibles ou des personnes seules. Mais ce groupe d’imbéciles n’avait pas pris la peine de se renseigner avant d’interpeller celui qu’il ne fallait pas, et le Français, tout transpirant de sa course, était arrivé trop tard pour stopper...
            - Hi-ro-ma-saaa ? Espèce de...
            C’est pourquoi, à cette minute, Patrick, après avoir confié les victimes à qui de droit, jubilait ouvertement contre ce descendant de samouraï.
            - Tu savais qu’ils n’étaient pas d’taille.
            - Et je les avais prévenus.
            - Ben voyons, comme s’ils pouvaient croire à ta force herculéenne.
            - Ils auraient dû, puisque je ne mens jamais.
            Fine sentait ses joues rougir au fur et à mesure que sa colère s’intensifiait.
            - Ça aussi c’est impossible à croire.
            - Pourquoi ?
            - Parc’ que la majorité des hommes savent plus s’vanter du faux qu’d’avouer la réalité.
            - C’est idiot.
            Sato avait dit cela avec un ton désinvolte qui énerva au plus au point son moraliste.
            - Oui ! Nous sommes les rois des idiots ! C’est comme ça. C’est notr’ façon d’vivre ici en France.
            - Ça craint.
            Ce qui craignait c’était cet Asiatique à l’allure et voix sereines se tenant en face d’un Patrick sortant de ses gongs à cette remarque.
            - Aaah ! P’t-être pour un Japonais élevé dans la tradition, mais pas pour nous, pauvres hommes des temps modernes.
            - Une, je n’ai pas été élevé dans la plus stricte tradition. Et deux, je ne mens à personne parce que je n’aimerais pas qu’on m’en fasse autant. D’ailleurs, il faut que je te dise...
            Hiromasa emprisonna la tête de son magnifique sermonneur pour l’embrasser chastement, tandis que ce dernier en restait pantois de surprise. Puis, l’ayant libéré de ses lèvres, le fixant d’un air assuré : 
            - Je t’aime. Alors réfléchis-y et donne-moi une réponse dans peu de temps.
            « Réfléchir ? » Non, mais qui aurait bien pu réfléchir après avoir reçu son premier baiser homosexuel ?! Qui ne serait pas resté paralysé d’incompréhension ? De stupéfaction ?
            - ... Pat ?
            - Hein ?! Quoi ?! Qu’est-c’ qui s’passe ?!
            Maximilien souffla de soulagement en voyant son ami, tétanisé plusieurs secondes, réagir, enfin, vivement à ses appels.
            - Tu m’as foutu la trouille de ne pas bouger comme ça ! C’est vrai que Sato a été plutôt abrupt pour te déclarer sa flamme, mais...
            - Flamme ?! Y a le feu ?!
            - ... À tes joues, oui. Oh, oh ! Toi, tu vis ton premier grand amour.
            Marquis souriait. Il ne regrettait pas son rendez-vous loupé avec les jumelles Quatrin. Il avait déjà entendu parler de la force pure d’Hiro, mais c’était la première fois qu’il en appréciait le résultat de ses propres yeux. Les quatre jojos avaient eu leur compte en peu de temps. D’accord, il avait dû aider ses comparses à leur transport vers l’infirmerie, par la suite. Patrick en avait pris un sur ses épaules, comme le nouveau qui en avait traîné, aussi, un second derrière lui. D’ailleurs, Maximilien avait préféré adopter cette dernière technique, avec le sien. Cependant, lui, il avait empoigné le lascar inanimé par l’arrière du col de la chemise au lieu de la cheville. Mais l’effort en valait la peine, puisque ensuite Marquis avait pu assister à la scène romantique du baiser et à la statufaction de Fine, acte qu’il n’avait jusqu’alors vu que dans les BD japonaises prêtées par son ami. Bon, il est certain qu’en tant que témoin de ce chapitre et en bon Français, Maximilien n’avait pu se retenir de taquiner son comparse à ce sujet. Et celui-ci le fit encore plus sourire, en paniquant de sa conclusion.
            - J’suis pas amoureux ! De lui, c’est impossible ! Impossible ! C’est un profiteur ! Un profiteur !
            Fine, poings serrés, s’éloigna d’un pas raide, tout en monologuant sur...
            - Cet énergumène ! Il sort d’un Disney ou quoi ? D’où est-ce qu’il a vu qu’il suffisait d’me donner un tendre baiser pour que j’tombe dans ses bras, hein ?! J’suis pas Blanche-neige, espèce d’Asiatique vicieux ! T’aurais mieux fait d’lire des mangas yaoi pour mieux t’instruire. T’y aurais lu qu’c’est pas si facile d’obt’nir l’cœur d’un autre homme. J’vais t’corriger ça, moi.
            Ce que l’outragé exécuta le soir même en coupant le souffle d’Hiromasa dans un combat, des plus amicaux, sur les tatamis. Patrick qui avait fui cet adversaire des semaines durant, après lui avoir donné sa première leçon de courtoisie, avait accepté direct la démonstration, aujourd’hui. Attaquant ainsi avec vivacité, il avait, en tout premier lieu, réussi à prouver, à ce mastodonte, le manque d’efficacité d’un mouvement en force face à un mouvement tout en souplesse et rapide. De par là même, Fine en avait profité pour apprendre à son adversaire qu’il n’avait rien d’une princesse soumise et qu’il était plus dans la catégorie ninja.
            Satisfait et calmé, le Français avait ignoré, l’heure suivante, ce Nippon coureur de pantalons, et était sorti avant lui du dojo, avec quelques camarades le saluant tout en s’éloignant.
            - Ouais, à la semaine prochaine !
            Patrick avança dans la rue éclairée. Il n’y avait que peu de passants en cette fin de soirée. Une forte poigne le saisit, le faisant se retourner en alerte.
            - Je dois te parler.
            Rassuré de reconnaître la voix et le regard bridé de son interlocuteur, le Français ne vit, tout de même, pas ce qu’il y avait à rajouter. Mais puisque l’homme, devant lui, n’était pas du pays, il fit l’effort nécessaire afin de confirmer...
            - T’as été assez éloquent pour aujourd’hui. J’passe mon tour.
            Soudain, Hiromasa l’entraîna vers une impasse sombre. Fine n’était pas de taille contre la force colossale de son kidnappeur, ce qui l’énervait. Surtout que l’homme venait de le plaquer durement contre un mur, avant de rétorquer...
            - Dis donc, ça va que j’encaisse bien les coups ! Pourquoi as-tu fait ça ?  Si tu ne veux pas de mon amour, il suffit de le dire au lieu de...
            Là ce fut la goutte d’eau faisant déborder le vase. Le Français gronda d’indignité.
            - Que j’dise quoi ? Ouv’e donc les yeux, j’ai pas d’nichons mais des couilles, tout comme toi ?
            - Ah. Je vois.
            - J’espère bien qu’t’as remarqué !
            Une paume se posa délicatement sur la joue rouge de colère.
            - Je suis sérieux. Je t’aime.
            « P’tain ! » Que lui arrivait-il ? Comment cet énergumène arrivait à faire oublier à l’hétéro français son courroux ?
            - L’dis pas comme ça.
            Ça recommençait ! Son corps... Le corps de Fine recherchait le contact de celui à la voix suave.
            - Aime-moi aussi, Patrick.
            Sur ce, ce dernier fut de nouveau embrassé. Et ce mâle dominant lui mettait la langue cette fois ! Une langue si douce... si impétueuse.
            Hiromasa n’avait plus aucun doute à cette seconde. 
            - Puisqu’on est d’accord, on va chez moi.
            Mais le Français n’était pas du même avis et il en criait encore, dix minutes plus tard, alors que Sato tentait de l’obliger à entrer dans son studio.
            - Garde tes cris pour tout à l’heure.
            Patrick vacilla vers l’avant, déséquilibré par la brusque poussée dans son dos. En entendant la porte se fermer, il se retourna promptement. Trop tard. Le Japonais s’était positionné entre lui et la seule issue menant au-dehors.
            - Laisse-moi sortir !
            - Déshabille-toi.
            - Moi ?! Non mais j’rêve là !
            Les yeux sombres et allongés s’étirèrent davantage.
            - Haa, j’étais sûr !
            Il était certain que son futur amant sentait ce que lui, Sato Hiromasa, attendait. Cette beauté européenne allait le régaler.
            - Je ne te pensais pas si érotique, mon amour.
            Érotique ? Mais qu’est-ce que Fine avait pu dire de si érotique ? Et puis, pourquoi ce séquestreur asiatique affichait ce sourire sournois en coin ?
            - D’accord, Patrick. Si tel est ton désir. Je vais le faire pour toi.
            Et à cet instant, ce dernier ne comprenait toujours pas comment il s’était retrouvé complètement nu, sous un Hiromasa accroupi au-dessus de lui, en tenue d’Adam. Et, il ne saisissait toujours pas pourquoi chaque membre de son corps frémissait d’excitation. Même le son de sa voix ne cachait rien de son état actuel.
            - Hiromasa ?
            - On me dit bon dans ce domaine, alors détends-toi et fais-moi confiance.
            Quand le visage, au doux timbre, se pencha pour prendre ses lèvres, Fine tenta un premier geste affectueux par une main se posant sur l’épaule de son redoutable acquisiteur.
            - Itaï !
            Inquiet de la réaction, le Français se redressa sur ses coudes, face à son hôte se frottant l’omoplate.
            - T’es blessé ?
            - Un des quatre jojos m’a attaqué par derrière. Ce p...
            - À propos d’ça.
            Hiromasa se mit tout de suite en alarme.
            - Ce n’est pas moi qui ai commencé !
            - Tu connaissais ta force. T’avais qu’à t’en aller.
            Un visage boudeur se détourna légèrement du regard accusateur.
            - Peut-être. Cependant j’avais les nerfs à fleur de peau.
            - Les nerfs ?
            - Mais, Patrick, tu ne m’avais plus adressé la parole, ni même daigné me lancer une œillade, depuis notre premier combat.
            Puis, en une seconde, l’expression changea sur ce faciès calculateur dont la voix prit un ton des plus émoustillants.
            - De toute façon, tu crois vraiment que c’est le moment de parler d’autre chose ?
            Une main vint illico emprisonner le pendule entre les cuisses musclées du Français gémissant à l’acte. Cependant, Fine n’en avait pas fini, et, malgré le mouvement expert éprouvant tous ses sens :
            - Tu f’ras tout c’que tu... veux si... tu m’promets de...
         Hiromasa titilla de la langue le téton s’offrant à sa vue. Un cri d’exaltation se répercuta dans la pièce.
            - Je te promets tout ce que tu veux, mon amour.
       Surtout si c’était la seule façon de faire concentrer le vierge et sensible amant du Japonais à leur bonheur commun. Bonheur qui s’intensifia quarante minutes plus tard, lorsque Sato envahit de son gode, surdéveloppé de nature, l’étroite grotte jamais visitée, alors qu’un hurlement déchirait l’air à ce forcing sanguinaire. Bien sûr, comme tout mâle se respectant face à la douleur d’un autre, l’homme ne stoppa pas pour si peu, et continua donc jusqu’à la conclusion déchaînant toute particule composant le corps d’un homo-sapience. Puis, enfin, il s’inquiéta et soigna la légère lésion occasionnée.
            - Ce n’est pas trop méchant. Ça a arrêté de saigner. Tu vas mieux ?
            Le visage larmoyant de Patrick se posa sur lui.
            - Je... Je t’aime.
            Hiromasa sourit, un peu gêné. Il ne s’était pas attendu à cette réplique.
            - Ah, oui ? Tu ne m’en veux pas ? Même si tu vas avoir des problèmes à t’asseoir demain et les quelques jours suivants ?
            - Demain, c’est certain. Toutefois... pourquoi les jours suivants ?
            Une appréhension fit frissonner la peau du Français. Appréhension qui se vit confirmer dans l’immédiat.
            - Parce que je vais te faire mien encore et encore ce soir.
            - Hein ?... T’es un monstre ou quoi ?! Toi et ta grosse b... J’suis blessé dans ma chair là !
            Mais, impassible, Sato avait déjà repoussé les genoux de Patrick aux épaules afin de redresser son séant.
            - C’est la faute d’un de vos adages qui dit qu’il vaut mieux battre le fer tant qu’il est encore chaud.
            Ce qui fut fait sur-le-champ. Et, bien entendu, la plaie, tout juste fermée, s'en rouvrit.



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