B'jour !
Voici, enfin, en avant première,
quelques extraits de la nouvelle version de
"Références manga".
Attention !
Ce manuscrit reste non préconisé
aux moins de 16 ans et aux personnes
atteintes d'homophobie aigüe.
Maintenant… bonne lecture !
Japon, 1975
Exclus
— Pauvre petit. Il
n’y a vraiment aucun membre familial subsistant ?
— C’est un orphelin
de plus.
Pourquoi l’a-t-on
affublé de la sorte ? Hiromasa est gêné par ce col dur resserré d’une
cravate l’empêchant de respirer correctement. Il est prêt d’étouffer. Et ces
deux adultes, qui sont-ils ? Il ne les a jamais vus auparavant. Et, cette
cérémonie, qu’est-ce qu’elle veut dire ? Et où sont passés...
— On y va.
Sans qu’il n’ait le
temps de réagir, la main du garçon est saisie fermement. On le retourne et le
fait sortir du bâtiment. Il doit accélérer son pas pour éviter que son épaule
ne cède face à la force de celle l’ayant empoigné. « On y va ? Mais… »
— Où ?
— Là où tu vas vivre
dorénavant.
L’enfant ne peut donc
pas rester avec ses parents ?
— Pou’quoi ?
La femme,
l’entraînant derrière elle, stoppe ses grandes enjambées et se retourne. Les
yeux ovales mais globuleux le fixent avec une telle intensité que Hiromasa en a
soudain peur. Quand le visage austère se penche au plus près du sien, sa
frayeur s’intensifie.
— As-tu compris où
sont ton père et ta mère ?
La voix est devenue
douce, presque réconfortante. Le garçonnet ose alors un regard sur la bâtisse à
la longue cheminée fumante.
— Le mo’sieur, i a
dit qu’i étaient dans les boîtes, pa’ que i allaient là. É la mai’on à nous,
mai’nant ?
À la question,
l’employée a un pincement au cœur. Ce n’est pourtant pas la première et pas la
dernière fois qu’elle est chargée de ce genre d’affaire. Cependant ce petit
être a elle ne sait quoi de différent. Elle sent que, malgré son jeune âge, il
ne faut pas lui mentir sur les faits.
— Ils ont fini leur
vie. Tu comprends ?
Bien sûr !
L’homme à l’habit noir a été très clair avec Hiromasa. Ses parents, devenus morts, vont
aller rejoindre ce qui est appelé le ten’.
Le paradis serait un lieu, par là-bas, du côté de l’au-delà. Bon, il est vrai
qu’il ne sait pas trop où est exactement situé cet au-delà. Mais, assurément,
il a compris que sa famille, ayant changé de statut, a déménagé. Aussi…
— Mm.
Le jeune minois a
confirmé son entendement en hochant le menton.
— Ceci n’est pas ta
maison. C’est une sorte de station où…
La quinquagénaire
soupire. Après tout, ce n’est pas, non plus, son rôle de tout expliquer. Elle
décide donc que l’enfant comprendra par lui-même, plus tard.
— En tout cas, tu
dois continuer ta vie, sans eux.
« Sans
eux ?! » Qu’est-ce que c’est que cette lubie ? Qui a exigé cette
séparation ?
—Toutefois, tu auras
peut-être d’autres parents, un jour.
La poigne resserre,
de nouveau, la menotte du garçon et le tire vers une voiture. Où l’emmène-t-on ?
— Allez !
Dépêche-toi. L’orphelinat attend ta venue.
Orphelinat ?
Est-ce la nouvelle demeure où son papa et sa maman ne peuvent venir avec
lui ? Une demeure où il sera seul dorénavant. Ah non ! La sorcière
aux longs ongles lui a dit qu’il aura d’autres parents là-bas. Mais de quels
autres parents s’agit-il ? On peut en avoir plusieurs ? Pourtant il
préférerait simplement accompagner ceux qu’il a toujours connus, à cet arrêt de
station appelé crématorium. Hiromasa s’en fiche qu’ils soient des morts, tant
qu’il peut continuer à être avec eux. Mais, apparemment, le monde autour de lui
ne veut pas connaître son opinion sur ce sujet. Décidément, être un enfant, de
nos jours, n’est pas facile. Personne ne respecte votre bon vouloir. On choisit
toujours tout à votre place. Et lui, du haut de ses cinq ans ? Eh bien, il
a juste à se taire et subir. Puisque c’est comme ça, quand il sera grand, il construira
une maison où les enfants, impunément séparés des leurs, pourront donner leur
avis et vivre heureux. En attendant, Hiromasa s’assoit sagement sur le siège
arrière et ne daigne plus un regard à cette ex-famille dont il a été exclu. On
vient de mettre un terme à son existence d’antan. Ainsi est la loi de cette
humanité présente. Son avenir ? Il l’a décidé. Et, pour le réaliser, il va
juste changer de vie. « Le monde est bête. » Le garçonnet soupire.
Fermant les yeux, il efface les quelques images le reliant encore au passé.
— Moi, le chamouraï
de…
— Viens avec maman,
Eigo.
La femme a soulevé
son fils, le séparant de l’autre enfant jouant dans le bac à sable et restant
sans voix à la directive. Ce dernier sent son cœur se serrer. Ce n’est pas la
première fois que cela se produit. Beaucoup de parents éloignent leur
progéniture à sa présence. Le garçonnet referme ses petits poings. Même à
l’école, les élèves de sa classe le mettent à part. Lui qui s’était fait une
joie de quitter les murs de sa résidence pour commencer sa vie dans le monde
extérieur et se faire des camarades, craint, dorénavant, l’arrivée de ces
journées où il doit rester seul à une table isolée. Sa maîtresse lui a bien
expliqué qu’il est différent. Mais différent en quoi ? Pourquoi, alors que
les autres rentrent chez eux ensemble, il doit revenir auprès des siens, tel un
lépreux, en évitant de prendre le même transport que ces garçons et filles l’ignorant
complètement ou se moquant de lui ? Akizumi, son aîné de quinze ans, a eu
vite fait de remarquer ce stratagème. Quelques secondes plus tôt, il l’a emmené
dans sa chambre et installé assis, à ses côtés, sur le grand lit où l’enfant
vient se réfugier les nuits d’orages. Tandis que ceux de son frère sont
assurément ancrés au sol, ses pieds, eux, pédalent dans le vide pour ne rien
montrer de sa détresse.
Les yeux du jeune
homme observent cette frêle et fragile silhouette ressemblant à celle de leur
défunte mère, contrairement à lui arborant la stature carrée et musculeuse de
leur père. Ce petit être est leur trésor à l’un comme à l’autre, et jamais ils
ne laisseront quiconque faire quoi que ce soit à celui-ci.
— Qui t’embête,
Rai ?
— Perchonne.
— Alors pourquoi tu
rentres toujours une demi-heure en retard de l’école ?
— Ch’ cours pas achez
vite pour prendre le buch.
— Pourtant tes
copains sont toujours dedans à temps…
— Chont pas mes
copains.
La fine voix hurlant
la triste vérité fait mal à Akizumi. Bien sûr, que son cadet ne peut être aimé
des autres. Bien sûr que l’école a répondu aux vœux des parents pour que leurs
bambins ne puissent être touchés par un descendant de yakuza. Oui, leur père
est un chef de clan. Mais, en est-ce une raison pour en blâmer ses
enfants ? Lui-même a subi le même sort. Seulement il a été moins à
plaindre que Rai. L’un des fils de kobun avait son âge, et ils se sont suivis
durant leur scolarité. Ils ont donc enduré cette mésaventure à deux et sont
devenus les meilleurs amis du monde depuis. Mais son frère n’a pas cette
chance. Il est seul et va le rester longtemps.
— Eh ben t’
chais ? Quand ch’rai grand, eh ben ch’ ferai une maison énoooorme rien que
pour les enfants abandonnés par lé autres, na ! Et ils auront plein d’amis
eux. Ils… Ils… Ils ch’ront pas tout cheuls comme cha… Hein ?
Les yeux sombres, s’élevant vers le jeune homme
afin d’en demander son approbation, sont remplis de larmes contenues. La minuscule
bouche, s’étant crispée pour retenir les flots prêts à dégorger, lâche soudain
un sanglot. La digue s’ouvrant, le petit corps se jette contre le thorax de ce
grand frère l’entourant, immédiatement, de ses bras protecteurs. Une protection
qui, douze ans plus tard, va disparaître en même temps que celle de son père.
La suite des extraits ?
Retrouvez-la la semaine prochaine.
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