Traduction

lundi 2 novembre 2015

Références manga nouvelle version (2)

B'jour !

Ceci est la suite des extraits 
de la semaine dernière.
Bonne lecture !


Japon, 1987



Sans-abri


— Là, peut-être ?
Rai inspecte d’un regard suspicieux les alentours avant de s’installer. À la mort des siens, le clan a été disloqué, et, seul au monde et prématurément indépendant, l’adolescent s’est retrouvé à errer dans les rues, se cachant face aux menaces des alcooliques et autres hommes voulant en découdre ou tout simplement profiter de son svelte corps sous un pont, un coin obscur. N’étant ainsi plus un exemplaire social, comme la loi le précise, il ne peut travailler pour subsister. Il ne peut qu’attendre une bonne fortune, ou être égorgé, ou même mourir de froid. Et, ce soir, il neige. Sasaki se recroqueville donc entre deux poubelles, dans cette impasse. Il est fatigué de cette vie solitaire et implacable pour les faibles tels que lui. C’est pourquoi, ici, à ce moment même, il décide d’arrêter de combattre. Ses habits, non appropriés pour cette période de l’année, sont trempés par les flocons. Mais cela le gêne à peine. Ses membres sont déjà engourdis par la température hivernale. Rai ferme ses paupières et se laisse emporter par le sommeil. Un sommeil qui le fait glisser lentement vers une lueur apaisante et ch…
— Tu es cinglé de faire une fugue en cette saison ! Où avais-tu la tête ?
Par un effort surhumain, le presque moribond réussit à ouvrir ses yeux à la remarque. Ceux, le fixant, sont d’une tristesse émouvante. Un soudain frisson le parcourt. Le garçon, d’à-peu-près son âge, est d’une pâleur cadavérique à faire peur.
— Tu es… un fantôme ?
À sa question, un léger sourire apparaît avant de disparaître aussitôt du beau visage blafard.
— Non. Juste un rescapé. Et toi ?
Lui ? Lui, il est devenu…
— Une ombre sans lumière… sans maison… sans force… sans chaleur.
Des mains tièdes se posent alors sur les siennes, tentant de les réchauffer. Sasaki remarque une bande entourant l’un des poignets. Sa voix enraillée en fait le constat.
— Toi aussi… Tu tentes de quitter ce monde.
— Plus maintenant.
Le silence perdure avant que son interlocuteur ne reprenne.
— Veux-tu m’aider ?
Aider ? Qui voudrait de son aide ? Lui qui est maudit de par sa naissance. Aussi autant ne pas le cacher. Après tout, il doit reprendre ses projets, d’il y a quelques minutes, là où il les a laissés. Une fois alertée de sa condition, la beauté lui lancera un regard effrayé et s’enfuira, le laissant seul face à sa destinée.
— Je suis fils de yakuza.
— Je suis, également, fils d’une famille spéciale.
Eh bien, il manquait plus que ça ! Sur quel spécimen le sans-abri est tombé, encore ? Toutefois il ne doit abandonner son idée primaire. L’ado persiste donc.
— Je suis damné.
— J’étais juste le jouet de mes camarades dans mon collège. Mais je veux évoluer en quelqu’un d’autre et oublier ce que j’étais devenu. Tel le phénix, je vais renaître de mes cendres.
Rai sourit, furtivement, à son tour. Peut-on vraiment être celui qu’on souhaite rien qu’en le voulant ?
— Belles paroles.
— Je compte m’en servir pour faire un manga. Et je libérerai mon destin grâce à mes livres. C’est pourquoi… Veux-tu en être mon modèle ?
Un modèle ? Qui voudrait prendre modèle de son corps ? Est-ce que ce visage ivoire a bien compris ce qu’il représente ?
— Tu vas vomir, si je dois me déshabiller devant toi.
— Pourquoi ?
Pourquoi ? Quelle est cette question stupide ? C’est parce que…
— Un héritier de gokudô peut commencer à se faire tatouer jeune.
— … Viens. Et montre-moi.
Sans comprendre son réflexe, Rai se saisit de la main tendue. Jamais encore, personne n’a osé lui offrir une paume pour l’aider à se relever. Debout et encore en vie, l’adolescent ancre ses yeux à ceux le détaillant.
— Tu te rends compte de ce que tu fais ?
— Et toi ?
Comprendre ? Non. Pas vraiment. Le jeune sans domicile fixe ne sait même pas pourquoi, maintenant, il marche tranquillement à côté de ce beau gosse, bien habillé, sentant le savon et s’inquiétant enfin de savoir…
— Comment t’appelles-tu ?
— Sasaki Rai.
— Enchanté. Je suis Yamashita Akio.





— Ben, dis donc…
Akio a emmené son nouveau compagnon dans un appartement composé d’une grande pièce et d'une chambre à part. Des caméras sont installées sur les angles et murs tapissés d’un miroir dans toutes leurs longueurs et largeurs.
— Tu es un pervers ?
— Non. Comme je te l’ai dit, tu vas me servir de référence.
— Une référence manga ?
— Exact. La salle de bains est derrière cette porte. Tu y trouveras tout le nécessaire. Mais, tu y seras filmé, aussi.
Rai s’y rend sans attendre. Cela fait une éternité qu’il ne s’est lavé, et le zombie crasseux, se reflétant sur ces pans de verre, lui a presque fait horreur lorsqu’il s’y est entrevu. Plusieurs demi-heures plus tard, propre et vêtu d’un yukata, il a l’agréable surprise d’un repas chaud attendant sur la longue table basse. Il aurait voulu montrer ses bonnes manières, mais l’odeur appétissante s’y dégageant le fait se jeter sur la nourriture. Bien sûr, par la suite, il n’a pas le temps de se lever, afin d’atteindre les toilettes, et régurgite la majorité des aliments avalés, sur la belle soie l’habillant.
— Pardon.
Une main légère dépose un tissu mouillé sur sa nuque moite et raidie par l’effort du rejet.
— C’est compréhensible.
Puis, son comparse l’aide à retirer le vêtement souillé. Sasaki se retrouve ainsi nu, exposant, au regard de son sauveur, ses deux dragons incrustés à vie sur son dos et thorax. Des doigts tièdes, aucunement dégoûtés, en dessinent le contour.
Les yeux, suivant le cérémonial, sont envoûtés par les lignes noires, rouges et blanches. Chacun des animaux de légende s’agrippent aux écailles de l’autre par leurs griffes.
— Ils sont magnifiques. Ils donnent l’impression de vouloir s’évader de cet enchevêtrement de leurs corps, en s’y aidant mutuellement, mais tout en prenant des directions opposées. La tête de face, de celui dans ton dos, veut juste aller droit devant, tandis que celle, sur ta poitrine, cherche à s’élever au plus haut.
— Ils représentent les différentes manières d’aborder les problèmes de la vie.
Le regard triste se fixe à celui tout aussi ténébreux.
— Un troisième dragon aurait dû évoquer celui qui se laisse étouffer par les autres et baisse la tête de désespoir, alors.
— Nos tatouages symbolisent ce qu’il nous manque et qui nous rend plus forts, plus sages. Je suis un fils de yakuza avec toute sa fierté, maintenant. Je n’abandonnerai pas si facilement.
— Tu allais pourtant le faire, n’est-ce pas ?
Oui. Oui, Rai était prêt à le faire. Cela faisait six mois qu’il se battait pour sa survie, et il avait perdu beaucoup de combats durant ces semaines. Son esprit avait longtemps vacillé sur la ligne entre l’espoir et la désillusion, la vie et la mort, pour enfin décider d’en finir.
— J’avais peut-être plus de raisons que toi d’en terminer avec tout ça, non ?
À ces mots, Sasaki montre le bandage dépassant de la manche de son homologue. Celui-ci dévoile la longueur de la gaze s’étendant du poignet jusqu’à presque le coude.
— La déception, l’incertitude, la conversion te font oublier les richesses que pourrait t’apporter l’existence, et que tu espères retrouver dans ton suicide. Mais quoi que l’on pense, il nous est impossible de perdre la seule chose précieuse que la fortune t’ait offerte dès la naissance et pour l’éternité… l’honneur.
— L’honneur ?… L’honneur est éphémère si tu ne sais pas ce que cela représente.
— Tout le monde a de l’honneur. Mais peu en respectent sa valeur, en effet. Cependant, qui peut être certain de savoir exactement quel en est le principe ?
Rai sourit. Cela fait longtemps qu’il n’a eu une conversation si philosophique. En fait, la dernière date de l’avant-veille de la mort de son père qui l’avait apostrophé sur le texte d’un illustre poète japonais. Pour chasser ce souvenir ressurgissant, le fils du défunt oya interroge son sauveur sur les clauses du marché.
— Qu’attends-tu de moi exactement ?
— Que tu vives quelque temps ici, en étant filmé à chaque seconde.
— Tu veux pouvoir dessiner les mouvements d’un homme dans son quotidien ?
— Le mieux que je peux. Oui.
— Je vois.
Sasaki fixe plus intensément le futur mangaka.
— Et, en échange, tu me laisserais vivre ici gratuitement ?
— Oui.
— Pour combien de temps ?
— Le temps qu’il faudra pour créer mon histoire et savoir la dessiner à la perfection.
— Rien n’est jamais parfait.
— Mais l’on peut imaginer que cela l’est.
Akio contemple ce corps maigre. Son camarade a une beauté certaine. Sa peau est restée douce au toucher malgré les aléas de la vie des rues, ce qui l’a fait frissonner du bas du ventre, quelques instants plus tôt. De plus, le garçon le dépasse de bien dix bons centimètres, et il a toujours apprécié les géants.
— Tu mesures combien ?
— La dernière fois que j’ai eu la chance qu’on me prenne mes mensurations, on m’avait annoncé du mètre quatre-vingt-huit.
— Tu es grand.
— Tu n’es pas petit non plus pour un Nippon. Et on n’a pas fini de grandir.
— Mm.
— Tu préfères que je me balade nu tout le temps ou je peux…
— Je t’apporterai des habits adéquats et de la nourriture, demain.
— Tu comptes m’enfermer dans ce donjon ?
— Non. Tu es libre d’aller faire un tour. Les caméras s’éteindront quand tu auras tourné deux fois, dans la serrure, la clef qui se trouve sur la table.
— Bien.
Rai est prêt à remercier son bienfaiteur comme il se doit, lorsque celui-ci se redresse brusquement et sort tout aussi activement de la pièce en lui souhaitant un bonsoir.





— Non… Non !
Yamashita marche d’un pas rapide. Malgré le froid, il sue. Il a mal au ventre. Ses boyaux se tordent de peur. Oh oui, il a eu peur ! Peur de sa réaction face à cette nudité. Sasaki a non seulement un corps à son goût, mais il est aussi plein d’esprit. Sa propre anatomie en a réagi au point que rester près de Rai, une minute de plus, aurait été dangereux. Ses anciens vices ? Akio ne veut pas leur laisser avoir le dessus sur ses résolutions. Aussi, les jours qui suivent, l’ado ne prend contact avec son tentateur que le temps de lui remettre des affaires propres, des courses pour ses besoins quotidiens, et récupérer les enregistrements.
— Ak…
— À après-demain.
L’ex-sans-logis ne comprend pas. Autant, le premier soir, son sauveur a été des plus appréciable, autant, maintenant, il est plus que distant. Le fils d’oya a tenté plusieurs fois de retenir ce fuyard afin de parler, cependant le futur mangaka a toujours une bonne raison de déguerpir. Alors, là…
— Mange avec moi. Si tu refuses, sache que ton prototype disparaîtra à jamais.
— Quoi ?!
— À toi de choisir.
— Toi…
Malgré les mâchoires serrées et les yeux sombres s’étrécissant dangereusement, Rai, bras croisés, reste des plus stoïques. Sa cause est, alors, entendue en peu de temps. Ils s’attablent. La conversation de son compagnon étant toujours aussi réceptive, Sasaki veut en profiter davantage. Il prescrit donc, au futur auteur…
— Tu devrais être plus présent dans l’expérience.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Un seul modèle ne peut suffire à donner différentes postures à divers héros de manga.
L’écrivain hésite de longues minutes. En fin de compte, il juge cela judicieux et se met à concéder des journées entières à sa référence primaire.





— Quel monde !
— Beaucoup ont congé, aujourd’hui.
Au fil des semaines, les deux partenaires se sont mis à souder des liens d’amitié. Ils sortent pour prendre le métro jusqu’au quartier Marunouchi. Là, ils admirent l’architecture, de style renaissance, de la gare de Tokyo. Même si le grandiose bâtiment a dû être reconstruit et a perdu ses dômes, il en reste un fabuleux édifice. Les futurs adultes profitent, aussi, de la proximité du palais, pour visiter les quelques parcs impériaux ouverts au public. Leurs marches, au milieu de cette nature changeante, les libèrent, les rapprochent de plus en plus. Akio en est arrivé à faire lire son œuvre et faire voir les quelques planches déjà dessinées à son camarade dont les appréciations aident au développement de l’histoire.
— Tu devrais mettre une scène de sexe, ici.
Assis, l’un à côté de l’autre, à la longue table basse de l’appartement, les deux compères en lisaient un passage romantique quand Rai a lâché ces mots.
— Je ne veux pas faire dans le hentai.
— Pas obligé. Il suffit que tu montres juste la figure de la femme subissant l’assaut de l’homme et celui de ce dernier en train de forcer ou jouir.
— Je n’ai pas de références pour le dessiner.
Pourquoi Yamashita se sent-il gêné de son aveu ?
— Tu n’as jamais regardé une de tes partenaires quand…
— Je suis homo à cent pour cent. Les femmes ne m’attirent absolument pas. De plus, j’étais celui qui se faisait prendre. Et ce n’était jamais de face, si tu vois ce que je veux dire.
Le futur mangaka a parlé sans reprendre son souffle. Soudain, ses poings se serrent. Comment a-t-il pu renseigner, aussi ouvertement, sa condition à un autre garçon ? Ce dernier va sûrement être dégoûté de sa présence, maintenant, s’enfuir et…
— Je vois… J’ai tenté les deux, pour ma part. Et, ma foi, je préfère les mecs. On n’y peut rien.
L’air s’échappe longuement de ses poumons. Akio n’a jamais autant appréhendé la réaction d’autrui face à ses tendances.
— Mais c’est tout de même embêtant pour ton ouvrage.
La tension, ressentie quelques secondes plus tôt, s’est évanouie tout aussi vite qu’elle est apparue. Yamashita reprend le fil de la conversation d’une voix sereine.
— Mouais. À moins que la femme soit remplacée par un autre homme, je ne vois pas comment…
— Tu as raison ! C’est ça qu’il faut que tu fasses.
— Quoi ?!
— Un yaoi, même soft. Par les temps qui courent, ça se vend de plus en plus ce genre de bouquins.
— Mais…
— Mais quoi ? Tu n’es pas vierge donc tu pourras exprimer ce que ressent l’uke en développant ses pensées. Quant à celles du seme, je peux te guider.
— Et pour le dessin ? Si tu crois que c’est facile de faire concorder des expressions de visages, dont tu n’as aucune source, avec des évènements…
— Filmons-les, alors.
— Hein ?
— Puisque tu en as déjà fait l’expérience, on a qu’à se lancer tous les deux.
Akio recule ostensiblement à la proposition. Jamais il n’a fait l’amour avec un ami. Et c’est ce qu’est devenu Rai pour lui, au fil de ces mois à se côtoyer. Puis, depuis sa tentative de suicide, il n’a eu aucun rapport de ce type avec quiconque. Et, surtout, il a peur des conséquences pouvant en découler par la suite.
— Je ne suis pas sûr de…
Une grande main se pose délicatement sur sa joue. Rien que la paume peut lui enrober facilement les trois quarts de son visage. Cependant Yamashita ne sent aucun danger de ces doigts brûlants caressant sa peau tiède. La chaleur du toucher lui fait fermer les yeux de bien-être. Au souffle s’y approchant avec délicatesse, il tend ses lèvres entrouvertes. Du baiser affectueux ? Il n’en a aucune aversion. Mais jamais, encore, on ne l’a embrassé ainsi. Comme jamais, encore, on ne l’a si patiemment préparé à la frénésie du désir. La passion qui en découle à l’union des corps, le projette dans un monde inconnu où toute liberté d’expression est de mise. Des halètements, aux cris d’évasion, jusqu’à celui de la délivrance, tous le captivent.
Rai se dégage d’entre les fines cuisses et se laisse tomber sur le côté, la respiration courte. Lui qui d’habitude se retire avant l’inévitable, s’est senti affranchi de toute enclave et a déchargé sa semence, sans contenu, dans cet antre moite l’aspirant plus en profondeur à chacun de ses à-coups. Toutefois il a une bonne excuse pour ça. Après tout, il n’a pu se branler ces mois durant. Se faire filmer nu est une chose. Cependant effectuer ce genre de massages aux yeux et à la vue de… Et pourtant, il n’a eu aucune gêne à prendre son voyeur, son seul camarade qu’il n’ait jamais eu, tout en sachant que cela serait enregistré à jamais sur une bande magnétique. « Merde ! » En plus de ça, le plaisir ressenti en a été plus qu’intense. Rai n’ose plus bouger. Il a encore faim de ce corps et craint, en croisant sa vue, perdre tout contrôle. Aussi, lorsque la frêle paume se pose sur son ventre, lui coupant le souffle, il rompt promptement ce contact en se relevant et fuit loin de cette tentation, dans la nuit tiède de ce mois d’avril.





— Oh ? Tu es dans la panade ?
Rai relève la tête d’entre ses mains. Il a tellement couru sans faire attention à la direction qu’il est arrivé dans un quartier inconnu, a emprunté un passage, vierge de monde, entre deux bâtiments et s’y est assis à même le sol, espérant pouvoir remettre ses idées en place. Mais une voix d’homme l’en a empêché. L’individu, un étranger au timbre grave, est vêtu d’un habit de bonne facture. « Merde ! Sûrement un je suis la représentation de la perfection occidentale. Prenez modèle ! »
— Je ne fais rien de mal.
— Je n’ai rien dit de tel. Je disais juste que tu avais l’air d’avoir des problèmes.
Pourquoi ce fichu gamin se permet de lui lancer un regard si agressif ? Et pourquoi, lui, s’inquiète de ce jeune freluquet ? Rob n’est pourtant pas du genre à s’apitoyer sur le calvaire des autres. Cependant ce corps assis l’a troublé dès qu’il a posé les yeux sur lui. Il s’est donc arrêté à quelques centimètres du Japonais et, après avoir attendu une interminable minute la conclusion de cette inertie, il a abordé le jeune Asiatique. Le visage se redressant ? Il l’a trouvé charmant. La voix roque, découlant de ces belles lèvres mâles, l’a subjugué. Son désir prenant le dessus, l’Américain empoigne brusquement le fin bras afin de relever l’enjôleur, pour l’emprisonner entre son corps et la façade et obliger cette bouche à s’offrir à son baiser. L’homme sent, soudain, quelque chose se durcir contre son masculin appendice. Le jeunot étant de sa taille, cela ne peut être que…
— Tu es en chaleur, chéri ?
— Je suis plutôt en rut… chéri.
Rob sourit. Non seulement ce damoiseau a un joli corps d’uke et du savoir-faire dans l’entrelacement des langues, mais il connaît aussi la repartie. Et ce n’est pas pour déplaire au Texan.
— Allons-y.
À cet ordre, l’inconnu tire Rai derrière lui. Plus loin, ils passent une porte. Sasaki se laisse guider sans résistance. Pas qu’il ne sache pas ce que l’étranger attend de lui, l'homme en a été assez expressif tout à l’heure, mais lui-même est affamé, et ce n’est pas son estomac qui crie famine. Ils longent un couloir étroit, avant d’arriver dans un bureau. Les meubles y sont de bonne facture, le reflet de leur propriétaire. Celui-ci lâche enfin sa prise et, sans un mot, se dirige vers le grand bahut mural. Là, l’homme appuie sur un bouton qui en fait descendre un lit.
— Tu es à la recherche d’un emploi ?
— Impossible. Je n’ai pas l’âge et pas de logement propre. Personne ne veut de moi.
— Je suis possesseur d’un bar d’hôtes, se trouvant juste derrière ces murs. Des jeunes comme toi pourraient y être appréciés par la clientèle. Tu as dix-huit ans ?
— Depuis hier.
— Dans mon pays, tu es considéré comme adulte. Aussi je n’aurai aucun problème moral à t’embaucher. Et tu pourras user de la chambre octroyée comme d’un logis. Qu’en penses-tu ?
Le regard du jeune homme laisse entrevoir un trouble.
— Un problème ?
— Je suis tatoué sur tout le tronc.
— Ah. Yakuza ?
— Fils d’une famille démembrée.
— Bon. Expose-moi le chef d’œuvre.
Rai obtempère et tourne sur lui-même, lentement.
— Joli. Tu l’exhiberas afin que nos adhérents puissent estimer si oui ou non ils t’acceptent comme partenaire. Tu pourras choisir ta spécialité, dès que tu auras goûté à tout.
Les yeux noirs ne vacillent pas à cette nouvelle.
— Bien. Maintenant, voyons ce que tu vaux…
Son nouveau patron le prend et reprend, deux heures durant. L’Américain a un savoir-faire et une endurance hors du commun. D’ailleurs Rai, à quatre pattes sur le matelas, est en train de ressentir les effets d’un va-et-vient des plus enthousiastes quand on frappe à la porte. Son seme, n’arrêtant la séance que quelques secondes au dérangement, crie d’entrer. Un costard-cravate se présente à l’invitation. Sans se démonter face au spectacle s’offrant à sa vue, l’homme signifie, à l’actif accélérant ses coups de reins, qu’une habituée demande après lui.
— O.K… J’y vais.
D’une dernière percussion, Rob jouit dans un grognement suggestif. Il se retire aussitôt et se débarrasse de la capote pleine. Puis, se rhabillant afin de rejoindre sa cliente…
— Fais une prise de sang à ce jeune adulte. S’il est sain, ce sera un nouveau confrère.
Et, se tournant vers Rai qui, couché sur le côté, se remet de l’assaut virulent…
— Je te présente God. Il va prendre soin de toi, à partir de maintenant. Suis bien ses indications, cette nuit.
Sur ce, l’homme sort du bureau, laissant le Chinois prendre la directive pour la suite.
— Fais voir ton bras.
Sasaki n’a pas le temps de s’asseoir et de le tendre que son biceps est enserré par un garrot, qu’une froideur vient tiédir sa peau et qu’une aiguille s’enfonce au même endroit, le faisant grimacer.
— Ici, même nos clients doivent passer le test. Nous travaillons sans capote avec les hommes.
— Vous faites aussi les femmes ?
— Oui. Tu connais ?
Les réponses et les questions sont d’une franchise ne déplaisant pas au Japonais.
— J’ai essayé plusieurs fois.
— Ce n’est pas ton truc ?
— Non. Mais, d’après les commentaires féminins, je me débrouille.
— C’est quoi ton prénom ?
— Rai.
— Il est assez court. On va le garder pour ton pseudo. Le mien, c’est God.
— J’avais compris.
L’homme sourit. Durant l’interrogatoire habituel, il a mis en route l’appareil servant au processus de dépistage et s’est débarrassé de son pantalon. Il s’approche du lit où son futur jeune collègue attend. Connaissant son patron, ce dernier devait profiter de ce fion depuis quelque temps déjà avant son arrivée, et, vu son sourire satisfait à sa sortie, Rai doit être un bon coup.
— Comme tu l’as sûrement compris, aussi, je suis là pour tester tes capacités. Durant trois mois, tu devras te libertiner dans tous les styles avant de choisir ton option. Bien sûr, si tu en es lassé, tu pourras prendre une autre spécialisation, ou faire des écarts. C’est à ta volonté. Cependant le SM ne t’est pas autorisé pour l’instant.
— Et ton domaine à toi, c’est quoi ?
— Tout. Je suis multiservice. Passif ou actif, homo ou hétéro, sado ou maso. Il m’arrive même d’être choisi afin de satisfaire l’animal d’un client. Alors ?
— Quoi ?
— Ce n’est pas une prison, ici. Tu es libre de partir quand tu le veux. Mais si tu restes, ce ne sera que pour donner du plaisir à qui te paye, et comme il en est souhaité par l’adhérent.
Sasaki le sait bien. Rob a été clair, là-dessus. Aussi, fixant les yeux du Chinois…
— Pourquoi t’appelle-t-on God ?
— À cause de mon entrejambe.
Rai descend son regard. Face à lui, entre les pans entrouverts de la chemise, se trouve un spécimen à la taille hors du commun, plus gros même que celui d’Ak…
— Et il n’est encore qu’au repos.
L’homme a souri, à l’insistance du jeune regard, et n’a pu s’empêcher de renseigner son futur étudiant sur son diamètre actif.
— Sur… Sur quoi tu veux me tester ?
Le Dieu du lit soulève, illico, son membre imposant d’une main. Il le présente face à la bouche de son élève. Intelligemment, ce dernier comprend sa demande et ouvre ses lèvres. 
— Ce n’est pas en un soir que tu sauras la mettre en condition avec ta langue. Il va falloir t’entraîner, avidement, au moins deux heures par jour, afin que tu puisses écarter assez tes mâchoires pour l’envelopper dans son entier. Entre-temps, je t’exercerai aussi du côté de ton aven, avec des godes de plus en plus imposants, puis de ma main. Quand tu supporteras les fisting sans trop de mal, je t’apprendrai la sodomie par une taille éléphant. Dès que tu te seras fait à cette envergure, tu seras autorisé auprès de la clientèle étrangère que Rob a ramenée dans son sillage. C’est une branche d’adhérents très spéciaux, mais où tu pourras te faire de sacrés pourboires en les satisfaisant.


La suite des extraits,
la semaine prochaine.

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