B'jour !
C'est le dernier extrait
de cette nouvelle version.
Alors, profitez-en !
(Rappel : nous sommes en 1989)
France, même année
Déclarations
— Toi !
Fin mai est le
moment de l’année que Patrick aime le plus. Les journées sont chaudes mais pas
à l’excès comme en été. L’air est donc respirable, et l’étudiant de dix-neuf
ans peut bouger sans crainte d’en tomber d’inanition. Du moins… Maximilien, son
meilleur ami, l’a interpellé d’urgence, quelques minutes auparavant. Cet
énergumène de Sato, un élève étranger du même dojo et quelques cours que lui,
était en train de se prendre le bec avec les quatre jojos. Ces fameux acolytes
sont inséparables jusque dans leurs méfaits. Ils s’en prennent toujours à des
faibles ou des personnes isolées. Mais ce groupe d’imbéciles n’avait pris la peine
de se renseigner avant d’interpeller celui qu’il ne fallait pas. Et le Français,
tout transpirant de sa course, était arrivé trop tard pour stopper…
— Hi-ro-ma-saaa. Espèce de…
C’est
pourquoi, à cette minute, Patrick, après avoir confié les victimes à qui de
droit, jubile ouvertement contre ce descendant de samouraï.
— T'savais pertinemment qu’ils n’étaient pas d’ taille.
— Et je
les ai prévenus.
— Ben
voyons ! Comme s’ils pouvaient croire à ta force herculéenne.
— Ils
auraient dû, puisque je ne mens jamais.
Fine
sent ses joues rougir au fur et à mesure que sa colère s’intensifie.
— Ça
aussi, c’est impossible à croire.
—
Pourquoi ?
— Parc’
que la majorité des hommes savent plus s’ vanter du faux qu’ d’avouer la
réalité.
— C’est
idiot.
Sato a
dit cela avec un ton désinvolte qui énerve au plus au point son moraliste.
—
Oui. Nous sommes les rois des idiots. C’est comme ça. C’est not’ façon d’
vivre ici, en France.
— Ça
craint.
Ce qui
craint, c’est cet Asiatique, à l’allure et voix sereines, se tenant en face
d’un Patrick sortant de ses gonds à cette remarque.
—
Aaah ! P’t-être pour un Japonais élevé dans la tradition, mais pas pour
nous, pauvres hommes des temps modernes.
— Une,
je n’ai pas été élevé dans la plus stricte tradition. Et deux, je ne mens à
personne parce que je n’aimerais pas qu’on m’en fasse autant. D’ailleurs, il
faut que je t’avoue…
Hiromasa
emprisonne la tête de son magnifique sermonneur pour l’embrasser chastement,
tandis que ce dernier en reste pantois de surprise. Puis, l’ayant libéré de ses
lèvres, le fixant d’un air assuré…
— Je
t’aime. Alors réfléchis-y et donne-moi une réponse dans peu de temps.
« Réfléchir ? »
Non mais ! Qui peut bien réfléchir après avoir reçu son premier baiser
homosexuel ? Qui ne resterait pas paralysé d’incompréhension ? De
stupéfaction ?
— Pat ?
— Hein ?!
Quoi ?! Qu’est-c’ qui s’ passe ?
Maximilien souffle
de soulagement en voyant son ami, tétanisé plusieurs secondes, réagir, enfin, vivement
à ses appels.
— Tu m’as foutu la
trouille de ne pas bouger comme ça. C’est vrai que Sato a été plutôt abrupt
pour te déclarer sa flamme, mais…
— Flamme ? Y a
le feu ?
— À tes joues, oui… Oh
oh ! Toi, tu vis ton premier grand amour.
Marquis sourit. Il
ne regrette pas son rendez-vous loupé avec les jumelles Quatrin. Il a déjà
entendu parler de la force pure de Hiromasa, mais c’est la première fois qu’il en a
apprécié le résultat de ses propres yeux. Les quatre jojos ont eu leur compte
en peu de temps. D’accord, il a dû aider ses comparses à leur transport vers
l’infirmerie, par la suite. Patrick en a pris un sur ses épaules, comme le
nouveau qui en a traîné, également, un second derrière lui. D’ailleurs,
Maximilien a préféré adopter cette dernière technique, avec le sien. Cependant,
lui, il a empoigné le lascar inanimé par l’arrière du col de la chemise au lieu
de la cheville. Mais l’effort en valait la peine, puisque, ensuite, Marquis a pu
assister à la scène romantique du baiser et à la transformation statuaire du
corps de Fine, acte qu’il n’a jusqu’alors vu que dans les BD japonaises prêtées par son ami. Il est
certain qu’en tant que témoin de ce chapitre et en bon Français, Maximilien n’a
pu se retenir de taquiner son presque frère. Et celui-ci le fait encore plus
sourire, en paniquant de sa conclusion.
— J’suis pas amoureux.
De lui, c’est impossible. Impossible ! C’est un profiteur. Un
profiteur !
Fine, poings serrés,
s’éloigne d’un pas raide, tout en monologuant sur…
— Cet
énergumène ! Il sort d’un Disney ou quoi ? D’où est-c’ qu’il a vu
qu’il suffisait d’ me donner un tendre baiser pour qu’ j’tombe dans ses bras,
hein ? J’suis pas Blanche-neige, espèce d’Asiatique vicieux. T’aurais
mieux fait d’ lire des manga yaoi pour mieux t’instruire. T’y aurais lu qu’
c’est pas si facile d’obt’nir l’ cœur d’un autr’ homme. J’vais t’ corriger ça,
moi.
— Yusei gachi !
Outragé, Patrick a
exécuté la punition promise dans l’après-midi, en coupant le souffle de
Hiromasa lors d’un combat, des plus amicaux, sur les tatamis, le soir même. Lui qui
avait fui cet adversaire des semaines durant, après lui avoir donné sa première
leçon de courtoisie, a accepté direct la démonstration, aujourd’hui. Attaquant
ainsi avec vivacité, il a, en tout premier lieu, réussi à prouver, à ce
mastodonte, le manque d’efficacité d’un mouvement en force face à un mouvement
tout en souplesse et rapide. De par là même, Fine en a profité pour apprendre à
son adversaire qu’il n’a rien d’une princesse soumise et qu’il est plus dans
la catégorie ninja. Satisfait et calmé, le Français ignore, l’heure suivante,
ce Nippon coureur de pantalons et sort avant lui du dojo, avec quelques
camarades le saluant tout en s’éloignant.
— À la semaine
prochaine !
Patrick avance dans
la rue éclairée. Il n’y a que peu de passants, en cette fin de soirée. Tout
d’un coup, une forte poigne le saisit, le faisant se retourner en alerte.
— Je dois te parler.
Rassuré
de reconnaître la voix et le regard bridé de son interlocuteur, l’interpellé soupire. Il ne
voit pas ce qu’il y a à rajouter à la leçon prescrite. Mais, puisque l’homme, devant
lui, n’est pas du pays, il fait l’effort nécessaire afin de confirmer…
— T’as
été assez éloquent, c'te journée. J’passe mon tour.
Les doigts se referment plus intensément sur son avant-bras. Hiromasa l’entraîne vers une impasse
sombre. Fine n’est pas de taille contre la force colossale de son kidnappeur,
ce qui l’énerve. D'autant plus que l’homme vient de le plaquer durement contre un
mur, avant de rétorquer…
— Ça va que j’encaisse bien les coups. Pourquoi
as-tu fait ça ? Si tu ne veux
pas de mon amour, il suffit de le dire au lieu de…
La goutte d’eau faisant déborder le vase. Le scandalisé gronde son
indignation.
— Que
j’dise quoi ? Ouv’e donc les yeux, j’ai pas d’ nichons, mais des couilles,
tout comme toi ?
— Ah. Je
vois.
— J’espère
bien qu’ t’as remarqué.
Une
paume se pose délicatement sur la joue rouge de colère.
— Je
suis sérieux. Je t’aime.
« P’tain ! »
Que lui arrive-t-il ? Comment est-il si facile, à cet énergumène, de réussir à faire oublier, à
l’hétéro français, son courroux ?
— L’ dis
pas comme ça.
Ça
recommence. Son corps… Le corps de Fine recherche le contact de celui à la voix
suave.
—
Aime-moi autant, Patrick.
Sur ce,
ce dernier est, de nouveau, embrassé. Et ce mâle dominant lui met la langue,
cette fois. Une langue… si douce… si impétueuse.
Hiromasa
n’a, dorénavant, plus aucun doute.
—
Puisqu’on est d’accord, on va chez moi.
—
Lâche-moi ! Mais lâche-moi !
Son impossible Japonais a décrété, dix minutes plus tôt, après un baiser d’une tendresse insoupçonnée,
que Patrick est connecté à ses envies perverses. Néanmoins ce dernier n’est pas du
même avis. Et il en hurle encore haut et fort, alors que Sato tente de
l’obliger à entrer dans le studio.
— Garde
tes cris pour tout à l’heure.
Le
colérique vacille vers l’avant, déséquilibré par la brusque poussée dans son
dos. En entendant la porte se fermer, il se retourne promptement. Trop tard. Le représentant des samouraïs s’est positionné entre lui et la seule issue menant au-dehors.
—
Laisse-moi sortir.
—
Déshabille-toi.
—
Moi ?! J’rêve là.
Les yeux
sombres et allongés s’étirent davantage.
— Aah,
j’étais sûr !
Il est
certain que son futur amant a senti ce que lui, Sato Hiromasa, attend. Cette
beauté européenne va le régaler.
— Je ne
te pensais pas si érotique, mon amour.
Érotique ?
Mais qu’est-ce que Fine a pu dire de si érotique ? Et puis, pourquoi ce
séquestrant asiatique affiche cet audacieux sourire sournois en coin ?
—
D’accord, Patrick. Si tel est ton désir. Je vais le faire pour toi.
Et, à
cet instant, ce dernier ne comprend toujours pas comment il s’est retrouvé
complètement nu, sous un Hiromasa accroupi au-dessus de lui, en tenue d’Adam.
Et il ne saisit toujours pas pourquoi chaque membre de son corps en frémit
d’excitation. Même le son de sa voix ne cache rien de son état actuel.
— Hiromasa ?
— On me
dit bon dans ce domaine. Alors, détends-toi et fais-moi confiance.
Quand le
visage, au doux timbre, se penche pour prendre ses lèvres, l’âme innocente
tente un premier geste affectueux par une main se posant sur l’épaule de son
redoutable éducateur.
— Itaï !
Inquiet
de la réaction, le Français se redresse sur ses coudes, face à son hôte se
frottant l’omoplate.
— T’es
blessé ?
— Un des
quatre jojos m’a attaqué par-derrière. Ce p…
— À
propos d’ ça.
Hiromasa
se met tout de suite en alarme.
— Ce
n’est pas moi qui ai commencé.
— Tu
connaissais ta force. T’avais qu’à t’en aller.
Un
visage boudeur se détourne légèrement du regard récriminant.
—
Peut-être. Cependant j’avais les nerfs à fleur de peau.
— Les
nerfs ?
— Mais,
Patrick, tu ne m’avais plus adressé la parole, ni même daigné me lancer une
œillade, depuis notre premier combat.
Puis, en
une seconde, l’expression change sur ce faciès calculateur dont la voix prend
un ton des plus émoustillants.
— De
toute façon, tu crois vraiment que c’est le moment de parler d’autre
chose ?
Une main
vient prestement emprisonner le pendule entre les cuisses musclées du Français
gémissant à l’acte. Toutefois ce dernier n’en a pas fini. Et, malgré le
mouvement expert éprouvant tous ses sens…
— Tu
f’ras tout c’ que tu… veux si… tu m’ promets de…
Hiromasa
titille de la langue le téton s’offrant à sa vue. Un cri d’exaltation se
répercute dans la pièce.
— Je te
promets tout ce que tu veux, mon amour.
Surtout
si c’est la seule façon de faire concentrer le vierge et sensible amant du
Japonais à leur bonheur commun. Bonheur qui s’intensifie quarante minutes plus
tard, lorsque Sato envahit de son gode, surdéveloppé de nature, l’étroite
grotte jamais visitée, alors qu’un hurlement déchire l’air à ce forcing sanguinaire.
Bien sûr, comme tout mâle se respectant face à la douleur d’un autre, l’homme
ne stoppe pour si peu et continue, donc, jusqu’à la conclusion déchaînant toute
particule composant le corps d’un Homo sapiens. Enfin, il s’inquiète et soigne
la légère lésion occasionnée.
— Ce
n’est pas trop méchant. Ça a arrêté de saigner. Tu vas mieux ?
Le visage
larmoyant de Patrick se pose sur lui.
— Je… Je
t’aime.
Hiromasa
sourit, un peu gêné malgré tout. Il ne s’est pas attendu à cette déclaration.
— Ah,
oui ? Tu ne m’en veux pas ? Même si tu vas avoir des problèmes à
t’asseoir demain et les quelques jours suivants ?
—
Demain, c’est certain. Toutefois… pourquoi les jours suivants ?
Une
appréhension fait frissonner la peau du Français. Appréhension qui se voit
confirmer dans l’immédiat.
— Parce
que je vais te faire mien encore et encore, ce soir.
—
Hein ?! T’es un monstre ou quoi ? Toi et ta grosse b… J’suis blessé
dans ma chair, là.
Mais,
impassible, Sato a déjà repoussé les genoux de Patrick aux épaules afin de
redresser son séant.
— C’est
la faute d’un de vos adages qui dit qu’il vaut mieux battre le fer tant qu’il
est encore chaud.
Ce qui est fait sur-le-champ. Et, bien entendu, la plaie, tout juste
fermée, s’en rouvre.
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